Des macaronis au milieu du désert

Posted on novembre 23, 2013


APSO :

Quand au milieu du désert des déserts, après 38 ans d’exil, que la malnutrition est chronique et l’apport alimentaire de l’aide internationale capricieux, il vient l’idée que l’on pourrait bien, ici et malgré tout, produire ce dont on a besoin, avec un petit peu d’aide.

Au milieu du désert donc, dans les campements de réfugiés sahraouis, au centre de travail des jeunes, des jeunes filles produisent des pâtes alimentaires, base importante de l’alimentation des réfugiés. L’atelier de production de pâtes est une Initiative de l’équipe du ministère sahraoui jeunesse et sports, soutenue par l’association espagnole FANDAS* pour les machines, la formation des travailleuses, une subvention de démarrage pour l’achat des premiers consommables, le voyage des machines et des formateurs.

Cinq filles constituent l’équipe qui gère l’atelier, fabrique les pâtes et entretient les machines. Elles sont : Fudiha 22 ans, Natou 25 ans, Dehbe 26 ans, Gejmoula 25 ans et Mina 25 ans, et sont nées dans les campements de réfugiés.

Les jeunes filles présentent volontiers leur atelier et en expliquent les particularités et fonctionnement. L’atelier est équipé de 4 machines, 3 neuves et une plus ancienne, chacune créant des pâtes différentes.
Les jeunes Sahraouies sont organisées en roulement, celle qui ne surveille pas les machines fait les achats nécessaires, pèse la farine, conditionne les pâtes en sac ou sachets. Le conditionnement destiné aux particuliers est de 500 g, l’emballage est en papier kraft. Les gros sacs sont de 10 à 15 kg.

Après plusieurs essais, l’alimentation des machines est finalement de 5 kg de farine de blé dur et 1,8 litre d’eau. Les machines mettent environ 15 minutes à transformer cette quantité en pâtes. Le temps de séchage est de 24h, la température locale est en effet propice à un séchage efficace et rapide, le thermomètre affichant encore 30° en journée au début du mois de novembre.

Les filles travaillent 6 jours par semaine, de 9h à 12 h ou 13 h. Le jour de repos hebdomadaire sahraoui est le vendredi. Selon leurs estimations, la production minimum est de 100kg par jour, et le maximum dépend du nombre de bourrage de la machine plus ancienne, et du temps mis à la remise en marche.

Vous pouvez trouver ces pâtes au centre et dans quelques boutiques des campements, et vous paierez 35 dinars le paquet. Néanmoins une importante partie de la production répond à des commandes d’écoles, administrations de la République Sahraouie. Une école par exemple commande par 1400 kilos ce qui correspond à ses besoins pour 3 mois.

Toutes les commandes sont honorées, y compris celle plus marginales de partenaires solidaires, adeptes des pasta parties et qui parviendront à faire venir quelques centaines de kilo de pâtes pour soutenir leurs activités. Au besoin une deuxième équipe peut travailler une autre partie de la journée ou de la nuit en fonction des saisons, la température en journée l’été montant jusqu’à 50°.

En guise d’au revoir, Gejmoula en fine connaisseuse, donne quelques conseils de cuisson : plonger les pâtes dans  l’eau bouillante, quand la texture vous convient – et elle fait un geste de ses doigts -c’est cuit ! Sortez les de l’eau, ajoutez la sauce que vous aimez. Bon appétit.

 

Elle ne l’a pas précisé, mais si vous n’habitez pas dans les campements de réfugiés où l’eau contient une très forte teneur en sel, n’oubliez pas d’en ajouter…

Dans le contexte particulier des campements de réfugiés, où les possibilités d’emploi dépendent souvent des ONG, l’atelier se distingue par une obligation de résultat dont dépendra l’indemnité que recevra chaque jeune fille. Le travail a donc commencé avant qu’il n’apporte ses fruits d’amélioration du quotidien pour les jeunes travailleuses.

L’atelier est en place et fonctionne mais ne suffira pas à couvrir les besoins de toute la population réfugiée. Les volontaires sahraouis parrains de l’atelier ajoutent que toutes nouvelles solidarités sont les bienvenues, pour des dons de machines, des conseils et formations pour confirmer les compétences acquises, et améliorer les pâtes, compositions et goûts… l’objectif double étant l’apport alimentaire et sa qualité nutritive, et l’emploi des jeunes.

APSO, le 11 novembre 2013 

* FANDAS : Federacion Andaluza de Associciones solidarias con el Sahara, financée par le Parlement andalou.

 Photo APSO
D’autres photos ici : http://apsophotos.blogspot.com/2013/11/altelier-pate-campements-de-refugies.html

Reportage vidéo fait par les espagnols de Fandas. (en espagnol) 

Publicités