Point hebdomadaire n°38 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques et d’opinion au Maroc

Posted on octobre 19, 2013


ASDHOM :

Rappelons-nous, nous avons rendez-vous le 16 novembre à Nanterre (Salle Jacques Decour 12, rue des Rosiers) pour revenir ensemble sur la campagne de parrainage que l’ASDHOM a lancée il y a un an en faveur des victimes de violations de droits commises par l’État marocain. Ce sera aussi l’occasion d’écouter les parrains et marraines nous parler de leurs expériences, de leurs échanges avec leurs filleuls (quand c’est possible) et nous dire l’importance du parrainage par la correspondance. Cet acte concret de solidarité permet à la victime derrière les barreaux, quand la relation est établie, de se sentir soutenue et réconfortée. Gilles Perrault , parrain de cette campagne, disait à son lancement le 17 novembre 2012 :

« Parrainer un ou une prisonnière politique représente un geste de solidarité élémentaire auquel nul ne doit se dérober. C’est briser la solitude que peut ressentir celui ou celle qu’on parraine. C’est réconforter les familles. C’est aussi et surtout démontrer au pouvoir que ses victimes ne sont pas à sa merci, ignorées du monde extérieur, livrées à sa vindicte. »

En un an, nous avons réussi à faire parrainer une centaine de détenu-e-s d’opinion sur un total qui ne cesse, malheureusement, de grossir. Au dernier recensement effectué la semaine dernière nous vous disions qu’on était passé de 172 au coup d’envoi à 244 victimes et cela, sans compter la dizaine d’arrestations opérées récemment.

Nous venons d’apprendre qu’après la France et la Suisse, notre campagne touche l’Espagne. LaCoordination Syndicale Méditerranéenne dont le siège se trouve en Espagne nous assure « qu’elle a décidé de lancer une campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation pour la libération des prisonniers/ères politiques au Maroc. Des différentes activités seront mises en marche comme une campagne de signatures online et  la diffusion d’un dossier sur les prisonniers politiques au Maroc. Au même temps, nous soutenons des initiatives déjà en cours comme la campagne de parrainage des prisonniers politiques, commencée le 17-11-2012 par l’ASDHOM »

Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, nous apprenons avec satisfaction également que l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France) compte parrainer tout le groupe sahraoui de Gdeim Izik, incarcéré à la prison de Salé 1 depuis novembre 2010 et dont les condamnations lourdes, prononcées le 17 février 2013 par le tribunal militaire de Rabat, sont allées jusqu’à la perpétuité pour huit du groupe.

Ces deux bonnes nouvelles nous renforcent et nous réconfortent dans notre action en faveur de ces détenu-e-s politiques et d’opinion au Maroc. Et si l’État marocain met en branle sa machine répressive pour arrêter encore plus et monter des procès injustes et inéquitables, nous ne relâcherons pas nos efforts pour développer encore plus la solidarité internationale. C’est le sens que nous voulons donner à notre soirée du 16 novembre 2013 à Nanterre.

Comme nous l’avons toujours fait, voici quelques informations relatives aux groupes que nous suivons.

 

Groupe 20-Février à Al-Hoceima : Le prisonnier politique de l’ANDCMAbdelhalim Bakkali, qui purgeait sa peine de deux ans à la prison Sept Villages de Tanger, avait été transféré à la ville d’Al-Hoceima pour être rejugé le 14 octobre 2013 devant la cour d’appel. Le parquet général avait introduit un recours en cassation après la diminution de moitié de la peine à laquelle Abdelhalim était initialement condamné. Si ça ce n’est pas de l’acharnement !

 

Groupe 20-Février à Casablanca (voir point 37) : Les trois jeunes militants du mouvement, Hamza Haddi, Rabie Homazin et Mouad Khalloufi, arrêtés le 6 octobre 2013 à l’hôpital Averroès (Ibn Rochd) quand ils s’y sont rendus pour s’enquérir de l’état de santé de la militante du même mouvementFatiha Haloui, mère de l’un des trois camarades (Hamza), ont été placés en détention provisoire à la prison Oukacha de Casablanca en attendant leurs procès le 23 octobre 2013 pour « outrage et agressions sur agents de police ». La mère de Hamza, Fatiha Haloui, qui avait été malmenée et passée à tabac au commissariat passe du statut de victime à «agresseur». Elle sera jugée en état de liberté le 25 octobre 2013.

Groupe Liberté d’expression-Journalistes-Avocats :

     –  Le journaliste Mustapha El-Hasnaoui, condamné le 11 juillet 2013 à quatre ans de prison ferme pour « terrorisme » (voir point 35) et incarcéré à la prison centrale de Kénitra, a été mis au cachot après que l’administration pénitentiaire se soit rendue compte qu’il avait une communication avec son Comité nationale de solidarité qui s’est réuni le 23 septembre 2013 à Rabat pour réclamer sa libération et l’amélioration de ses conditions de détention.   

         Nous apprenons par un communiqué publié par Aboubakr Jamaï, directeur de la version francophone du site d’information électronique Lakome, que son collègue Ali Anouzla, ex-directeur de la version arabophone du même site, en détention provisoire à la prison de Salé 2 en attendant son procès pour « apologie de terrorisme et assistance de terrorisme » (voir points précédents) a changé d’avocat. Rappelons qu’il avait été défendu par quatre avocats dont deux bâtonniers qui s’étaient portés volontaires pour sa défense. Maître Naima El-Guellaf qui parlait au nom de ses trois autres collègues (le Bâtonnier Abderrahmane Benameur, le Bâtonnier Abderrahim Jamaï et Maître Khalid Soufiani) n’a pas caché son étonnement et craint que ce soit les pressions des autorités marocaines derrière ce revirement.

 

Groupe « Baiser de Nador » (Nouveau  voir point 37) : Les trois adolescents de Nador, deux garçons de 15 ans et une fille de 14 ans, poursuivis pour avoir échangé un baiser à la sortie d’un lycée et posté des photos sur Internet, seront de nouveau convoqués à comparaitre devant le tribunal de Nador le 22 novembre 2013. La première séance du procès a eu lieu le vendredi 11 octobre. Ils sont poursuivis pour « atteinte à la pudeur publique ».

 

Groupe Ouarzazate-Microcrédits (voir points précédents) : Les deux coordinateurs du mouvement des victimes des microcrédits dans la région d’Ouarzazate, Amina Mourad et Bennacer Smaini, n’ont pas fini avec la justice marocaine. Ils avaient été innocentés le 25 avril 2013 par le tribunal de première instance et quatre des cinq associations ont retiré leur plainte. Mais le procureur général et une des associations (Inma) qui les poursuivent ont fait appel de ce jugement. Nos deux coordinateurs sont déjà passés une première fois en appel le 10 septembre 2013. Leur procès a été ensuite reporté au 22 octobre 2013.

 

Groupe des Sahraouis à Aït-Melloul : Le prisonnier politique Issa Bouda, incarcéré à la prison d’Aït-Melloul depuis le 5 février 2009 pour une peine de quatre ans, avait observé une grève de la faim depuis le 24 août 2013 pour protester contre les mauvaises conditions de détention et son transfert de force d’une cellule à l’autre. Il a mis fin à sa grève le 14 octobre 2013 sans que l’administration daigne s’enquérir de sa santé et des séquelles engendrées par la grève de la faim. Sa famille demande une intervention urgente pour l’examiner et éviter la détérioration de sa santé.

 

L’interpellation et le maintien sous pression des autorités marocaines sont des devoirs de tout un chacun, épris de justice et de démocratie. Alors ne relâchons pas la pression !

 

N’oubliez pas le 16 novembre, mais avant, vous pouvez continuer à parrainer….

 

Le bureau exécutif de l’ASDHOM

Paris, le 19 octobre 2013