Les pêcheurs sahraouis condamnent le traité Europe-Maroc

Posted on septembre 3, 2013


Fish_Monger,_DakhlaEurActiv.fr :

EXCLUSIF / Des pêcheurs sahraouis qualifient de « frauduleux » un projet de traité de pêche entre l’UE et le Maroc. Ils estiment que ce document autoriserait le vol puis la disparition des ressources halieutiques.

Sous occupation militaire depuis 1975, le Sahara occidental conteste l’autorité de son encombrant voisin. Or l’accord signé récemment entre l’Europe et le Maroc concerne pour moitié les côtes du Sahara occidental. Le projet européen devrait pourtant autoriser la pêche de flottes de l’Union européenne en échange d’un versement annuel de 40 millions d’euros.

Les pêcheurs de Dakhla indiquent dans un communiqué : « Cet accord ne respecte ni le droit international, ni le statut de région dégradée en raison de la surexploitation, ni la volonté politique des Sahraouis. »

« Pourquoi [la commissaire en charge des affaires maritimes et de la pêche] Maria Damanaki a-t-elle signé un accord à Rabat avec un État sans légitimité juridique sur le Sahara occidental en vue de permettre l’exploitation de ressources [du Sahara occidental] ? Ne s’agit-il tout simplement pas de l’achat de produits volés ? »

Le projet de protocole, consulté par EurActiv, autorise l’UE à pêcher dans toutes les eaux que le Maroc définit comme son territoire. Il ne contient aucune clause sur les droits de l’Homme, en dépit des engagements de Bruxelles dans ce sens.

Selon une lettre envoyée par la direction générale des affaires maritimes de la Commission et consultée par EurActiv, l’UE « soutient pleinement » les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, qui préconisent que le peuple sahraoui décide de son propre sort.

« En réalité, tout au long des négociations, la Commission européenne cherche à obtenir un accord qui inclut une clause de respect des droits de l’Homme, respecte le droit international et sert les intérêts de tous les peuples concernés », peut-on lire dans cette lettre.

Selon l’accord conclu avec Rabat, la mise en place du traité aura lieu en vertu de l’article 2 de l’accord d’association existant entre l’UE et le Maroc « concernant le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l’Homme ».

Les Sahraouis n’ont pas été invités aux négociations UE-Maroc

Sara Eyckmans, une porte-parole de Western Sahara Resource Watch, a déclaré que cet accord et l’article 2 ignoraient totalement les avis juridiques du Parlement européen et des Nations unies.

« Les Sahraouis n’ont pas été invités à participer aux négociations », a-t-il expliqué àEurActiv. « C’est vraiment très simple : pas de pêche dans le Sahara occidental sans demander l’avis des Sahraouis. La Commission ne l’a pas fait. Dès lors, cet accord est caduc. »

Le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen doivent encore approuver le protocole de pêche négocié sous l’égide de la Commission. L’assemblée parlementaire avait déjà rejeté un protocole avec le Maroc en décembre 2011.

En vertu de cet accord, l’UE verserait au Maroc 30 millions d’euros de redevances annuelles en échange de droits de pêche, et les propriétaires européens de bateaux 10 millions d’euros supplémentaires.

Les versements de l’UE inciteraient le Maroc à faire travailler plus de 130 pêcheurs marocains, et non sahraouis, dans le secteur.

Dommages écologiques

Les financements européens ne couvriront ni les dommages écologiques ni l’épuisement des stocks de poissons, alors que le rapport d’évaluation de laCommission a conclu que la présence de flottes de l’UE aggraverait ces problèmes.

Entre 2007 et 2010, les pêcheurs européens ont capturé environ 44 000 tonnes de poissons par an, soit 5 % de l’ensemble de la pêche au Maroc, selon une étude du cabinet-conseil Oceanic Developpement.

L’étude révèle que les eaux au large du Maroc et du Sahara occidental sont surexploitées.

Depuis lors, le Maroc a agrandi sa flotte et signé un vaste accord industriel avec la Russie. Les bateaux russes ne pêchent d’ailleurs que dans les eaux du Sahara occidental.

Arthur Neslen – traduit de l’anglais par Aubry Touriel
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