C’est la rentrée : que retenir de l’actualité sahraouie de l’été ?

Posted on septembre 3, 2013


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Grand coup de chapeau d’abord aux solidarités qui n’ont pas manqué le rendez-vous de l’été ! Celle des familles qui ont accueillis les jeunes sahraouis avec générosité.  Celle des comités, associations, villes, comités d’entreprise, scoutisme qui chaque été renouvellent projets et initiatives pour réussir l’arrivée et le séjour de ces jeunes, avec la coordination de la plate-forme solidarité ! Mention particulière au groupe des Eclaireurs Paul Emile Victor de Loon-Plage qui dans «  le Village Copain du Monde » du Secours populaire (Gravelines/Nord) a accueilli 35 jeunes sahraouis et 3 jeunes marocains, qui ont ensemble pendant ce mois de vacances, tracé des premiers chemins de paix.

Bravo et merci à Manu Chao qui à nouveau sur sa scène en Bretagne, a donné la parole aux copains de Rezé et de l’association ERM/Pays de la Loire ! Vacances solidaires mais vacances également studieuses consacrées à l’apprentissage du français pour deux ou trois groupes et pour les deux animateurs, formateurs dans les campements, qui ont préparé avec l’équipe  française, la prochaine année scolaire de la formation des enseignants sahraouis de français en collège.

Cette solidarité française qui depuis 1976, s’efforce de ne manquer aucun rendez-vous, a pris cet été davantage de sens car elle s’est adressée à l’ensemble du peuple sahraoui, séparé par un mur, « mur de la honte » qui coupe en deux, depuis 1982, du Nord au Sud, le Sahara occidental. En effet, alors que les premiers groupes d’enfants arrivaient des camps de réfugiés, une quinzaine de personnes, de France, Allemagne et Australie s’embarquaient pour Agadir pour une mission de 2 semaines au Sud du Maroc et au Sahara occidental. Premier objectif, les prisons et les prisonniers politiques sahraouis pour poursuivre au plus près la campagne parrainage « Ecrire pour les libérer » et placer les autorités marocaines face à leurs responsabilités et à leurs engagements ! Au-delà des prisons où aucun courrier n’a pu être remis, le grand nombre de familles et militants rencontrés, leur a permis d’apprécier l’état d’esprit de la population sahraouie occupée depuis 36 ans. Avec de multiples associations, coordonnées en un collectif, elle organise la résistance à l’occupation coloniale, et ce en dépit de son isolement, de sa faiblesse en nombre et surtout de l’omniprésente répression. Le droit de manifester pacifiquement est loin d’être respecté au Maroc et au Sahara occidental !

Importance de l’actualité des livres, qui réunissent aussi les Sahraouis séparés. La toute nouvelle maison d’édition, Harmattan-RASD, vient de sortir son 9éme manuscrit ! les huit premiers livres, écrits à la fois dans les camps et dans le Sahara occupé, connaissent un début de diffusion, au Forum Social de Tunis, par exemple, et ont fait « un tabac » à El Aïoun où ils ont pu être transmis discrètement.

Ces solidarités s’inscrivent dans l’actualité politique du conflit du Sahara occidental !

Nouvelles encourageantes avec l’intérêt d’ élus soucieux de ne pas oublier cette question. Début juillet, le groupe d’étude Sahara occidental était créé à l’Assemblée nationale, co-présidé par Nicolas Sansu, député-maire Front de Gauche de Vierzon et par Philippe Baumel, député socialiste de Saône et Loire, membre de la commission des Affaires Etrangères. Quelques semaines plus tard, le 5 août, un groupe parlementaire était également créé à la Chambre des représentants des Etats-Unis : « Western Sahara Caucus ». Groupe présidé par le député républicain de Pensylvanie, Joseph R. Pitts et la Représentante démocrate du Minnesota, Betty Mac Collum. Dans les deux cas ces groupes vont s’appliquer à favoriser la connaissance du problème, celui de la légalité du droit à l’autodétermination et des exigences à formuler pour le respect des droits de l’homme.

Nouvelles difficiles sur la question des ressources naturelles du Sahara occidental, à la merci des appétits du Maroc et de ses voisins européens. Les ressources halieutiques, minières du Sahara occidental, seraient-elles en train de devenir une des solutions aux crises en Europe et au Maroc ?

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L’association « Western Sahara Resource Watch » (WSRW) a alerté en cette fin d’été sur plusieurs sujets! L’énergie, solaire et éolienne où le Maroc avec l’appui de plusieurs firmes européennes, a de grands projets au Sahara occidental en particulier, pour faire passer d’ici à 2020, la production de ces énergies de 5 à 26 % du total produit. Le pétrole, Total a repris de juillet 2012 à juillet 2013, des explorations sismiques au large des côtes du Sahara, sur un espace équivalent à la superficie du Portugal. La pêche, dossier également sensible, un protocole de 4 ans a été signé à Rabat par le Ministre marocain de l’agriculture et de la pêche, Aziz Akanouch et la Commissaire européenne Maria Damnaki, pour renouveler les accords de pêche entre Maroc et Europe (surtout l’Espagne) et qui de fait élargit le domaine de pêche marocain aux côtes du Sahara occidental. Les phosphates enfin, exploités à ciel ouvert à Bou-Craa et objet de toutes les attentions de leur investisseur marocain, l’OCP.

Sur tous ces sujets le cadre légal est connu aussi bien par l’Union européenne que par les firmes multinationales concernées. En 2001, quand s’est posée pour la première fois la question de l’exploration de gisement de pétrole sur les côtes du Sahara à la demande du Maroc, la réponse des Nations unies, sollicitée par le Front Polisario, a été sans ambiguïté. Le secrétaire général adjoint de l’époque, chargé des Affaires Juridiques, Hans Corell, a indiqué dans un « Avis » que les ressources naturelles d’un territoire non –autonome doivent être protégées tant que le peuple concerné ne peut en bénéficier de manière directe. L’indication en droit correspond bien à la situation de fait. L’essentiel des ressources exploitées par les entreprises marocaines ou leurs partenaires occidentaux, servent d’abord leurs  intérêts, sont décidées et pilotées par eux en laissant de côté la population sahraouie privée de ses ressources. C’est le sujet pêche qui va d’abord retenir l’attention du Parlement européen. L’accord signé en juillet par les exécutifs doit être ratifié par les Parlements concernés. Pas de problème au Maroc mais plus compliqué au Parlement européen qui a « refusé » en décembre 2011, de ratifier un premier protocole ! vote perçu comme un camouflet par le Maroc, qui entend bien en octobre, avec l’engagement des élus espagnols, imposer son point de vue !  Emporter à la fois une négociation économique et gagner la reconnaissance politique implicite ou explicite de son occupation du Sahara occidental.

La visite ces 23 à 27 août d’une délégation du Parlement européen conduite par Jonathan Lis, adjoint du rapporteur spécial pour les droits de l’homme, au Maroc et au Sahara occidental, témoigne, quelque qu’en soit le résultat, de l’intérêt que porte le PE à la situation de la sous-région.  Les parlementaires ont rencontré les associations sahraouies, qui ont à cette occasion organisé deux rassemblements à El Aïoun.

Rencontres et rassemblements qui marquent le début de nos mobilisations à venir, au Parlement européen, à Genève au Conseil des droits de l’homme et à New York pour la prochaine session de la 4éme commission de la décolonisation. Une bonne et forte rentrée !

Association des Amis de la RASD 356 rue de Vaugirard 75015 Paris
www.sahara-info.org / www.ecrirepourlesliberer.com