Six Sahraouis de Guelmim (sud du Maroc) condamnés après un match de foot

Posted on août 28, 2013


Nouvelles du Sahara :

M'Barek Daoudi a deux fils en prison près d'Agadir depuis le 20 août

M’Barek Daoudi a deux fils en prison près d’Agadir depuis le 20 août

Nouveau signe de la répression subie par les Sahraouis : le 19 août, six d’entre eux ont été condamnés à de la prison (4, 8 ou 10 mois) après une fin de match de football qui aurait dégénéré. Cette condamnation, qui semble disproportionnée, touche la communauté de Guelmim et met en lumière une réalité découverte durant un reportage effectué sur place en juillet : le conflit du sahara occidental a gagné le sud du Maroc.

Pour leur dernier jour de Ramadan, le 8 août, Marocains et Sahraouis de Guelmim, tout au sud du Maroc, ont décidé de s’opposer au foot. L’équipe des Sahraouis, baptisée « ouali moustapha sayed » (un nom sans équivoque, puisque c’est l’un des cofondateurs du Front Polisario) contre celle des Marocains, nommée « Filla ». Selon le témoignage obtenu auprès de Mohamad El Atrache, présent sur place au moment de la rencontre et arrêté pendant 1 h 30 au terme de la rencontre, un Marocain serait entré sur le terrain en agitant un drapeau Marocain, juste après le troisième but marqué par l’équipe Sahraouie. Une provocation, considèrent alors les Sahraouis.

Ensuite, que s’est-il passé ? Difficile de l’affirmer. Il semble qu’en réaction, un jeune Sahraoui a sorti à son tour un drapeau de la Rasd (République arabe sahraouie démocratique (1)). Des slogans favorables au Front Polisario et à l’organisation du referendum d’autodétermination ont été prononcés. Une bagarre a alors éclaté. Des civils Marocains, soutenus par des forces de l’ordre selon plusieurs témoins, ont alors affronté les Sahraouis. M’Barek Daoudi, le père de deux jeunes Sahraouis arrêtés par la suite et condamnés à dix mois de prison, joint par téléphone, souligne que « le chef de la police était présent, tout comme le gouverneur de la ville ». Une présence étonnante pour un match de foot.

Arrestation violente

Quelques heures plus tard, en soirée, les forces de l’ordre sont venus arrêter sept Sahraouis. Parmi eux, les trois fils de M’Barek Daoudi. « La police est arrivée à ma maison à bord de douze voitures et de sept motos, raconte cet ancien militaire de l’armée marocaine jusqu’en 2008. Leur intervention a été très violente. Ils ont frappé ma femme ! Les policiers ont provoqué des dégâts. » Un autre Sahraoui rapporte une seconde version qui circule dans la ville : « certains sahraouis ont agressé des agents de l’ordre en menaçant de se faire exploser avec une bouteille de butane à gaz… »

Selon Mohamad El Atrache, une vingtaine de Sahraouis ont ainsi été interpellés. Un des fils de M’Barek Daoudi, comme les autres mineurs, a été libéré. En revanche, six ont été maintenus en détention au commissariat de la Guelmim jusqu’à l’audience du 19 août, reportée à trois reprises. Des membres d’associations de défense des droits de l’homme, comme l’ASVDH et le CODAPSO, accompagnés de deux militants espagnols et de membres de familles de détenus, ont été interdits d’accès au tribunal, comme l’explique en détail le communiqué publié le 20 août par le Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits de l’Homme (CODESA).

Allégations de torture

Les six Sahraouis accusés ont dénoncé durant le procès le fait d’avoir été torturés au cours de leur détention au commissariat. Le communiqué du CODESA précise ces maltraitances : Ammar Lahwaisid, 62 ans, a affirmé qu’il avait été brulé avec des cigarette à l’épaule et au cou ; Taha Daoudi a révélé qu’il avait été sévèrement battu avec des bâtons au niveau des côtes, de l’épaule et des jambes ; Ammar Daoudi a déclaré également avoir été battu avec des bâtons, ce qui lui a provoqué des lésions au niveau de la bouche, du visage et de l’épaule. Ces allégations ont été écartées par le tribunal qui a condamné Babit Bahdach, Hamza Bazi (17 ans semble-t-il) et Mustafa Ahssain à 4 mois de prison, Ammar Lahwaisid à 8 mois, et Ammar Daoudi et son frère Taha Daoudi à 10 mois. Ils ont été transférés dès le 20 août à la prison d’Ait Melloul près de Agadir. Lors d’une visite le 23 août à la prison, le père des deux frères Daoudi a pu constater que ses deux fils présentaient toujours les signes de ces coups, principalement Taha.

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