Le CFCM attend le nom de son nouveau président dans la confusion

Posted on juin 21, 2013


La Croix :

Le RMF (proche du Maroc) refuse le candidat soumis par la Grande mosquée de Paris (proche de l’Algérie), au prétexte de son statut d’avocat du Front Polisario, mouvement politique armé prônant l’indépendance du Sahara occidental, annexé par le Maroc depuis 1975.

Mohamed MOUSSAOUI, président du CFCM

Mohamed MOUSSAOUI, président du CFCM

Pourquoi un nouveau président ?

Le second mandat de Mohammed Moussaoui à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM) devait courir jusqu’en 2014. Ce membre du Rassemblement des musulmans de France (RMF, proche du Maroc) a succédé en 2008 au médiatique Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (GMP, proche de l’Algérie), puis a été réélu en 2011 lors d’élections boycottées à la fois par les mosquées proches de l’Algérie et de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF, branche française des Frères musulmans).

C’est pour ramener ces deux autres grandes fédérations à la table du CFCM qu’un accord a été signé en décembre, validé en février par l’assemblée générale et en mars par le conseil d’administration. Les trois organisations ont alors mis un terme à leurs dissensions et se sont entendues sur une réforme prévoyant une direction collégiale – réduisant les pouvoirs du vainqueur des élections en augmentant la part des membres « nommés » au conseil d’administration – et une présidence tournante.

Comment devait se dérouler sa désignation ?

Les élections devaient se dérouler en deux temps : dimanche 8 juin, les mosquées devaient élire leurs représentants au sein du conseil d’administration. Puis dimanche 23 juin, le conseil d’administration au grand complet – composé de 45 élus et de 45 délégués nommés directement par les fédérations – devait se réunir pour élire son bureau exécutif.

Un premier couac a entaché ce programme. À la veille du scrutin du 8 juin, l’UOIF a décidé de se retirer du processus, qualifiant d’« humiliation » le refus des deux autres fédérations de lui octroyer le premier mandat de deux ans à la tête du CFCM. RMF et GMP se sont en effet entendues pour réserver le premier mandat à la Grande mosquée (proche de l’Algérie), qui revendique une prééminence historique sur l’islam de France. De leur côté, des proches de l’Algérie et du Maroc soupçonnaient les responsables de l’UOIF de n’avoir pas réussi à mobiliser suffisamment « leurs » mosquées et de craindre le résultat du scrutin…

Celui-ci a de fait, et une nouvelle fois, montré la capacité de mobilisation du RMF sur le terrain, fruit notamment de l’implication du Maroc dans le financement de la construction de lieux de culte en France. 3 460 délégués désignés par 901 mosquées participantes ont élu 44 représentants au conseil d’administration : 25 membres du RMF (proche du Maroc), 8 de la GMP (proche de l’Algérie), 7 du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), 2 membres « dissidents » de l’UOIF, et 2 hors grandes fédérations.

Que va-t-il se passer maintenant ?

A priori, le nouveau président du CFCM doit donc être un « Algérien ». Reste à connaître son identité. Depuis plusieurs semaines, des informations contradictoires circulent à ce sujet. A priori, le poste devait revenir au recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, 73 ans. Mais s’il bénéficie d’une solide aura médiatique, d’une proximité avec les pouvoirs publics et du soutien de l’Algérie, cet ancien médecin souffre en revanche d’une déconnexion avec la « rue » musulmane. Il s’est par ailleurs peu impliqué dans la réforme du CFCM.

L’autre hypothèse est celle de l’élection de l’avocat de la Grande mosquée de Paris et bras droit du recteur, Chems-Eddine Hafiz, 58 ans. Mais sa candidature est désormais contestée par le RMF, proche du Maroc, en raison de son statut de défenseur du Front Polisario, mouvement politique armé qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental, annexé par Rabat en 1975 mais revendiqué également par l’Algérie… Une nouvelle preuve de l’imbrication extrême entre la mission officielle du CFCM – représenter les musulmans de France et servir d’interlocuteur aux pouvoirs publics pour tous les sujets relatifs au culte (aumônerie, cimetières etc.) – et les intérêts diplomatiques de leurs pays d’origine…

Anne-Bénédicte HOFFNER (avec AFP)

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