Sahara : le ministère de la Communication tente de justifier l’expulsion de journalistes

Posted on juin 8, 2013


photo khalfi2 640Lakome :

Le département de Mustapha Khalfi «dément les allégations» de Reporters sans Frontières sur l’interdiction d’un journaliste espagnol à Laâyoune, sans toutefois préciser clairement les raisons de son expulsion.

Le ministère de la Communication a publié mercredi un long communiqué au ton véhément pour démentir les «allégations» de Reporters sans Frontières à propos de la «non-autorisation» du journaliste espagnol José Maria Santana d’entrer au Sahara. Le ministère se dit « surpris » par le contenu «non équitable, partial et déséquilibré» du communiqué de RSF.

Journaliste pour la radio Cadena SER à Las Palmas et correspondant du quotidien El País aux Iles Canaries, José Maria Santana avait atterri à Laâyoune le 21 mai dernier mais a été bloqué à l’aéroport par les autorités avant d’être expulsé. Une situation dénoncée par RSF dans ce communiqué publié mardi.

Reporters sans Frontières indique avoir contacté le ministre marocain de l’Intérieur, Mohand Laenser, pour connaître la justification de cette expulsion. Ce dernier «a reconnu que le journaliste espagnol n’avait pas pu entrer sur le territoire marocain, sans pour autant être en mesure de fournir davantage d’explications». Le même communiqué de RSF indique que le ministère de la Communication a précisé quelques jours plus tard à l’association que le journaliste espagnol avait été interdit d’accès au territoire en « l’absence de couverture réglementaire et légale » de sa visite journalistique.

De quelle autorisation parle le ministère ?

Dans sa réponse à RSF, le ministère de la Communication explique que le fax envoyé aux autorités marocaines par la direction du journaliste le jour de son départ «ne comportait aucune demande d’autorisation ni précision sur la date d’arrivée du journaliste au Maroc». De quelle autorisation parle le ministère ? Légalement, seuls les tournages et prises de vues photographiques sont soumises à une autorisation préalable du ministère de la Communication.

Le communiqué du ministère reproche par ailleurs à RSF son «parti-pris» pour avoir fait de la «publicité» sur l’objet de la venue du journaliste espagnol. L’association précise en effet – en une seule phrase – que José Maria Santana souhaitait couvrir le quarantième anniversaire de la naissance du Polisario et le huitième anniversaire de «l’Intifada sahraouie».

Un sujet qui semble être la raison principale de l’expulsion de José Maria Santana, considéré proche des thèses du Polisario et qui a déjà été expulsé deux fois auparavant. Concernant l’exercice des journalistes étrangers au Maroc, le ministère de la Communication invoque simplement dans son communiqué des «décisions souveraines», qu’il ne justifie pas dans le cas du journaliste espagnol.

Restrictions d’exercer au Sahara

En mai dernier, c’est un journaliste italien qui a été expulsé de Laâyoune pour « non respect des formalités en matière de couverture médiatique« . Il s’était présenté en tant que touriste et a été aussitôt expulsé vers Agadir. « Nous demandons aux journalistes qu’ils travaillent en toute transparence« , avait alors affirmé à l’AFP le wali de Laâyoune, Khalid Dkhil.

Le ministère de la Communication avance de son côté le fait que 22 délégations étrangères au total (médias, associations, organismes politiques et diplomatiques) ont été autorisées à se rendre au Sahara en 2012.

Les restrictions imposées aux journalistes étrangers sont pourtant réelles, comme l’a montrée la couverture des événements de Gdim Izik. Mêmes les journalistes autorisés à se rendre à Laâyoune font l’objet d’une surveillance étroite des services de sécurité marocains. Cela a encore été le cas lors de la venue d’une délégation de journalistes anglo-saxonnes le mois dernier. «Le refus essuyé par José Maria Santana est symptomatique de la crispation de Rabat sur la question sahraouie. Si l’on peut reconnaître que la demande d’accréditation introduite par José Maria Santana était quelque peu tardive, son expulsion pose la question des difficultés d’accès des journalistes au Sahara occidental et s’inscrit dans une politique plus générale d’entraves à la liberté d’information imposées par les autorités marocaines sur ce territoire», souligne RSF.

Censure à Eco-Médias

Reporters sans Frontières revient également dans son communiqué sur les récentes mésaventures du groupe Eco-Médias, révélées par Lakome fin avril. Les numéros de l’Economiste du Faso, imprimés au Maroc, avaient été bloqués par les douanes avant leur expédition à Ouagadougou en raison d’une carte séparant le Sahara du reste du territoire marocain. Contacté par RSF, Abdelmounaïm Dilami, le PDG d’Eco-Médias, a reconnu que « la douane avait refusé de laisser passer cette édition« . «Faute de temps pour déposer un recours contre une telle mesure, la direction du journal a accepté de brûler les 5 000 exemplaires et d’imprimer un nouveau numéro, avec une nouvelle carte», a indiqué Dilami selon RSF.

Concernant l’interview de la chercheuse Khadija Mohsen Finan sur Atlantic Radio à propos du Sahara, qui avait provoqué la colère d’un conseiller royal et entraîné le départ du nouveau rédacteur en chef de la radio, Bachir Thiam, «recasé» depuis à l’Economiste, la direction d’Eco-Médias a nié en indiquant à RSF que «le changement de poste était prévu depuis longtemps».

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