«Le Maroc viole systématiquement les droits de l’homme des Sahraouis»

Posted on mai 17, 2013


Nouvelles du Sahara :

http://www.flickr.com/photos/sahara/89507564/

Aminatou released, but not free

La militante des droits de l’homme, Aminatou Haidar, témoigne dans Nouvelles du Sahara. Ses propos disent d’abord le parcours d’une femme en lutte et font aussi la lumière de manière très précise sur un conflit « oublié ».

Nouvellesdusahara : Tout d’abord, quelle est votre situation actuelle en tant militante des droits de l’homme au Sahara occidental ?

Aminatou Haidar : La situation dans les territoires occupés du Sahara Occidental est arrivée à des niveaux de tensions sans précédents. Il y a un usage excessif et systématique de la force avec les interventions brutales des forces marocaines, armées de matraques et d’armes blanches (couteaux et épées), pour disperser les manifestants Sahraouis comme cela a été le cas pour moi, le 1er novembre 2012.

Quelques heures après avoir rencontré Christopher Ross, l’Envoyé Personnel du Secrétaire général de l’ONU, au quartier général de la MINURSO (NDLA : mission de l’ONU) à El Aaiun, j’ai été tabassée, menacée par des armes blanches de la part d’éléments des forces marocaines et ma voiture a été endommagée.

Après avoir participé, en mars 2013, à une rencontre organisée au siège des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Sahara Occidental et avoir rencontré la majorité des membres du Conseil de Sécurité, dont l’ambassadrice américaine, Susan Rice, je suis devenue la cible d’une campagne médiatique de dénigrements commanditée par l’Etat marocain. Cette campagne s’est accentuée juste après que les USA aient présenté en avril au Conseil de Sécurité un projet de résolution sur l’élargissement du mandat de la MINURSO.

Dans ce cadre, je me trouve actuellement sous surveillance permanente de la part des services de renseignement marocains. Ma maison a été attaquée en avril par la police marocaine au moment où je tenais, en compagnie des membres du bureau exécutif de mon organisation, le CODESA, une réunion de travail avec une délégation d’Amnesty International. De même, le 4 mai 2013, alors que je donnais des interviews à une délégation de la presse américaine, britannique et canadienne chez le secrétaire général du CODESA, la maison a été encerclée et attaquée, durant presque une heure, par un groupe de policiers marocain et ma voiture a été de nouveau endommagée.

 

Nouvellesdusahara : Le 14 mai, devant le Parlement Panafricain réuni à Johanesbourg, vous avez décrit les actes qui touchent les militants sahraouis… Comme d’autres, vous avez été « disparue ».

A.H. : Les autorités marocaines multiplient les intimidations et les menaces à l’encontre des défenseurs sahraouis des droits de l’homme. Pour contrecarrer leur action, les autorités marocaines procèdent à de multiples méthodes : détention arbitraire, torture, expulsion abusif du travail ou gel de salaire, privation de passeport, expulsion du Sahara Occidental, etc.

Comme des centaines de civils sahraouis enlevés par les services du Régime marocain et séquestrés dans des lieux secrets au Maroc et au Sahara Occidental, quelques mois et jusqu’à 16 ans, j’ai été enlevée par la police marocaine à 20 ans alors que j’étais encore élève au lycée. J’ai été séquestrée, en compagnie d’une dizaine de femmes sahraouies, pendant 3 ans et 7 mois dans un bagne secret à El Aaiun. (NDLA : De 1987 à 1991)

Nous avons trop souffert. Nous étions soumis quotidiennement à la torture la plus atroce. Durant toute cette période, nos yeux étaient bandés, passant toute la journée accroupies en face du mur de la cellule du bagne secret, dépourvues des soins médicaux, d’hygiène et de nos moindres droits, totalement isolées du monde extérieur durant toute cette période !!!

Le sort de plus de 500 disparus Sahraouis enlevés depuis 1975, demeure toujours inconnu. Selon des témoignages crédibles recueillis auprès de rescapés (NDLA : un rapport sur les violations des droits de l’homme au Sahara Occidental a été publié fin 2012, en espagnol), des dizaines de civiles sahraouis ont été enterrés vivants dans des fosses communes alors que d’autres ont été jetés en chute libre à partir des hélicoptères de l’armée marocaine.

Après, j’ai été expulsée de mon travail pour avoir célébré la journée mondiale de la femme en mars 2005. Le 17 juin de la même année, j’ai été violement tabassée par des officiers de la police marocaine en pleine rue, puis emprisonnée pendant 7 mois, pour avoir participé à un sit-in pacifique à El Aaiun pour réclamer le respect du droit du peuple sahraoui. (voir le rapport d’Amnesty International)

Le 14 novembre 2009, le gouvernement marocain m’a illégalement expulsé de l’aéroport de El Aaiun vers Lanzarote (Canaries) où j’ai observé une grève de la faim pendant 32 jours. Je n’ai pu regagner ma patrie, le Sahara Occidental, qu’après des pressions exercées par la communauté internationale sur le Maroc et en particulier celles exercées par l’ONU, les USA et la France.

Les autorités marocaines continuent toujours de multiplier les intimidations et les menaces à l’encontre des défenseurs sahraouis des droits de l’homme. Les organes de presse de la majorité des partis politiques marocains mènent des campagnes chauvinistes contre eux. Ces organes de presse appellent même à leur arrestation et liquidation physique.

L’Etat marocain affiche toujours une intolérance envers la liberté d’expression et la constitution des associations. Les principales associations sahraouies des droits de l’homme, en l’occurrence mon organisation le CODESA ou l’ASVDH, sont toujours démunies de leur droit à l’enregistrement légal.

Les violations et atteintes aux droits de l’homme se sont aggravées après le lancement en 2007 sous l’égide de l’ONU du processus des négociations entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario en application de la résolution 1754.

 

Nouvellesdusahara : A chacune de vos interventions publiques et médiatiques, vous dénoncez la répression qui s’abat sur la population sahraouie. Comment s’exerce cette répression ?

A.H. : Depuis le 21 mai 2005, la population civile sahraouie des territoires occupés et des villes du Sud du Maroc organise des sit-in et des manifestations pacifiques réclamant publiquement le respect du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et le respect de tous ses droits légitimes. Ces sit-in sont brutalement réprimés par les autorités marocaines. Les manifestants sahraouis sauvagement tabassés lors de ces manifestations étaient interdits par les autorités marocaines et le corps médical et paramédical marocain d’accéder aux soins médicaux dans les hôpitaux. Les habitations sahraouies se trouvent souvent saccager par les éléments de la police marocaine. Les dizaines de Sahraouis arrêtés ont été soumis, dans les locaux de la police marocaine, aux méthodes de torture corporelles et psychiques les plus humiliantes avant d’être abandonnés dans les décharges et les plateaux arides en dehors des périmètres urbains des villes, alors que d’autres étaient jugés par des tribunaux marocains et condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Dans ces circonstances, plusieurs jeunes sahraouis torturés ont succombé à leurs blessures, d’autres souffrent des handicapes à perpétuité.

La suite sur Nouvelles du Sahara.

Publicités