Sahara occidental : Une injustice qui s’éternise

Posted on mai 15, 2013


Alternative Libertaire :

Dernièrement, de violentes émeutes ont éclaté à El Aiun, chef-lieu du Sahara occidental. Ces évènements d’une violence encore jamais vue, ont fait remonter à la surface de l’actualité l’histoire d’un vieux conflit oublié de tout le monde et ensablé dans les dunes du désert.

Ces évènements, de par leur ampleur et leurs conséquences, constituent une première dans cette région du nord de l’Afrique. L’analyse de la situation sur place, nous met dans la nécessité de procéder à un court flashback afin de pouvoir dresser un historique de ce conflit vieux de 40 ans. La virulente guerre médiatique à laquelle se livrent le Maroc et le front Polisario témoigne des enjeux géopolitiques de taille auxquels la région devrait faire face. Enfin une analyse raisonnable de ce qui vient de se passer à El Aiun, ne saurait se faire sans comprendre au préalable, les motifs réels qui animent ce conflit tragique datent de la guerre froide.

Des accords rejetés par les Sahraouis

Les récents affrontements entre population civile et forces marocaines de l’occupation (officiellement pour l’ONU le Maroc occupe toujours illégalement le Sahara occidental) ont fait la une des médias internationaux et ont suscité de vives réactions partout dans le monde. Pourtant, le conflit au Sahara occidental, est loin d’être récent. En effet, cette ex-colonie de l’Espagne, connue autrefois sous le nom du Sahara espagnol, figurait déjà en 1963 sur la liste des territoires n’ayant pas encore accédé à leur autodétermination. En 1975, alors que Franco agonise, l’Espagne signe à la hâte, un accord tripartite avec le Maroc et l’ensemble mauritanien. L’accord en question prévoit notamment la répartition dudit territoire d’une superficie de 266 000 km² entre le Maroc (les deux tiers au nord) et la Mauritanie (le tiers situé au sud).

En contrepartie, l’Espagne était assurée du maintien de ses intérêts économiques dans la province. Ces accords, signés en l’absence de toute forme de consultation avec les populations locales, ou avec le front Polisario [1], sont immédiatement rejetés par les Sahraouis déjà en guerre contre les espagnols.

Le Polisario mènera par la suite, durant plusieurs années une violente insurrection contre les nouveaux occupants. La guérilla sahraouie accumule triomphes et succès militaires et inflige de sévères défaites aussi bien aux Marocains qu’aux Mauritaniens : de lourdes pertes sont à déplorer dans les rangs des deux armées. Affaiblie par le coût de la guerre et en proie à de fortes perturbations internes, la Mauritanie se retire du conflit en 1979 et reconnaît la RASD (République arabe sahraouie démocratique) autoproclamée par le Polisario en février 1976.

Elle abandonne également la partie du territoire qui lui a été allouée par les accords de Madrid de 1975, que le Maroc annexe aussitôt. La guerre au Sahara occidental prend fin en 1991, après la signature d’un accord de cessez-le-feu entre les deux partis en guerre, en attendant l’organisation par l’ONU d’un référendum d’autodétermination sous quelques mois.

L’afflux incessant de Marocains venus s’installer au Sahara, et la politique de forte colonisation qu’entreprend le Maroc, finit par faire capoter le référendum en question. La région entre alors dans une situation de blocage total où tous les partis campent sur leurs positions respectives. Plusieurs envoyés spéciaux du secrétaire général de l’ONU tentent en vain de débloquer la situation, sans grand succès.

Invasion militaire et blocus

Depuis l’invasion militaire du Sahara occidental par le Maroc, le régime autocratique de Rabat y impose une sévère politique de blocus sécuritaire et médiatique. Presse internationale, ONG, de même que les organismes de défense des droits de l’homme sont interdits de se rendre dans les territoires occupés. Nombreuses sont les résolutions onusiennes qui condamnent et exigent le retrait immédiat du Maroc de ce territoire non-autonome.

Nombreuses sont également celles qui réaffirment le droit indivisible du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, en conformité avec le droit et la légalité internationale, comme le stipule la résolution 1514 de 1960. Le Maroc accepte dans un premier temps l’organisation d’un référendum lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) tenu à Nairobi en 1982. Depuis, la position marocaine oscille entre acceptation conditionnelle et refus catégorique. En 2006 Rabat annonce une proposition unilatérale d’autonomie élargie au Sahara. L’initiative marocaine, refusée par le Polisario, est considérée comme une tentative de contourner la légalité internationale. Sans pour autant adopter la proposition marocaine, les Nations unies appellent les deux partis à entamer des pourparlers directs afin d’arriver à une solution pacifique et durable de ce conflit, l’un des plus vieux d’Afrique, sinon du monde.

Une politique de colonisation

Dans la situation de blocage qui règne au Sahara, le Maroc poursuit sa politique enfiévrée de répression, de colonisation et du fait accompli. Le pays est entré, depuis son invasion militaire de ce territoire en 1975, dans une véritable course contre la montre pour provoquer un profond déséquilibre démographique, dans la province revendiquée par le front Polisario. Le régime autoritaire monarchique marocain met en place un large système de privilèges économiques et d’exonération fiscale, en vue d’inciter les citoyens marocains à s’y installer massivement.

Dans son différend qui l’oppose au peuple sahraoui, désarmé et pacifiste, le régime monarchique marocain est épaulé des grandes puissances impériales et coloniales occidentales, tout comme il bénéficie également de l’inconditionnel soutien financier en masse des États réactionnaires du pétrodollar. S’il n’est tellement pas difficile de comprendre l’alignement systématique des États arabes sur les positions marocaines -s’agissant surtout et avant tout de rassemblement solidaires d’États non démocratiques et de régimes corrompus qui se ressemblent tous ou presque- on a en revanche, toutes les peines du monde à comprendre les secrets du scandaleux silence des pays démocratiques et de leur désintérêt total vis-à-vis de ce qui se passe au Sahara occidentale.

Par leur soutien incessant au Maroc, qui est en vérité plus une complicité qu’un soutien, les pays européens se rendent aussi d’une manière ou d’une autre, responsables de l’injustice qui s’éternise au Sahara occidental.

Le rôle trouble de la France

Le 17 novembre 2010 la France empêche, en menaçant d’y opposer son veto, l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’un projet de résolution, qui prévoit l’envoi sur place d’une commission internationale d’enquête, sur les sanglants évènements du campement de Gdim Izik à El Aiun, la capitale du Sahara occidental. Sur 15 pays membres du Conseil de sécurité, seule la France a voté contre. Le veto français, en même temps qu’il anéantit l’aspiration des sahraouis à la justice et à la vérité, détruit le peu de confiance dont le pays jouit parmi la communauté internationale, et constitue un feu vert pour le Maroc, dans sa politique d’oppression et de répression, qui perdure depuis bientôt quatre décennies. Il faut dire que la position de la France est essentiellement dictée par des intérêts d’ordre économiques.

Les Sahraouis assistent aujourd’hui impuissants, aux exactions les plus graves, commises en toute impunité, à leur encontre par le Maroc. L’amertume et la désolation remplissent leurs cœurs en voyant le désintérêt international total auquel ils sont délaissés. Abandonnés dans leur combat inégal contre un régime répressif, les Sahraouis ont voulu faire part au monde du calvaire dans lequel ils vivent, en se regroupant dans un campement aux alentours de la ville d’El Aiun.

Le campement d’El Aiun

L’idée du campement est bien évidemment pleine de significations et fait allusion à la situation inhumaine dans laquelle vivent, depuis 1975 des dizaines de milliers de réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf en Algérie.

Le camp installé à l’improviste en guise de protestation contre les violations graves des droits politiques, socioéconomiques et des droits de l’homme commises par l’État marocain, s’est vite transformé en un gigantesque rassemblement populaire regroupant plus de 25000 sahraouis. Le politique et le social se chevauchent et s’entremêlent dans un climat de censure, de blocus et d’embargo total.

L’État marocain, dont l’appareil répressif est connu sous le nom du Makhzen (appareil vieux de plusieurs siècles et réputé pour être une école de choix dans la torture et les enlèvements), ne ménage pas ses efforts pour dissoudre le mouvement de protestation qui gagne jour après jour en ampleur et en soutiens internationaux. Le ministre marocain de l’Intérieur rencontre le 4 novembre 2010 un comité qui représente les habitants du campement et leur promet une solution rapide : des logements et des emplois allaient leur être accordés affirmait-il.

Le 8 novembre2010, un mois jour pour jour après la mise en place dudit campement, les forces d’occupation (armée, police, gendarmes, forces auxiliaires, services secrets, etc.) donnent l’assaut sur les civils sahraouis installés dans plus de 8 000 tentes. Les forces marocaines, mettent le feu au campement et entrent en confrontation directe avec les jeunes, les femmes et enfants, la répression est sauvage et le constat est alarmant. L’attaque sanglante des forces d’occupation fait plusieurs morts [2], des centaines de blessés graves dont la majorité ne peut accéder aux soins médicaux de peur d’être arrêtés et des centaines de disparus – 65 arrestations selon la version officielle marocaine, plus de 2000 disparus selon le Front Polisario, environ 800 d’après les services de renseignements espagnols.

Des violences sans précédent

Quelques minutes plus tard, éclatent dans les rues d’El Aiun de violentes émeutes opposant les forces marocaines aux jeunes Sahraouis en colère. Les affrontements sont d’une violence encore jamais vue auparavant dans la ville occupée. Plusieurs dizaines d’établissements publics et privés, de véhicules et de magasins sont incendiés. El Aiun devient une ville fantôme. Une fiévreuse chasse à l’homme est lancée juste après : les arrestations se chiffrent par centaines, le couvre-feu est annoncé, les coups de la répression se déchaînent avec rage.

Les évènements sanglants qui ont secoué la capitale occupée du Sahara occidental, représentent l’éclatement d’une situation politique et sociale grave et tendue, qui menaçait d’exploser à tout moment à cause de la répression marocaine qui sévit dans cette région depuis son annexion par la force, en 1975. Ces évènements violents sont aussi le résultat de la politique prônée par le régime tyrannique de la monarchie : politique de favoritisme, de discrimination et de marginalisation.

Les Sahraouis, simples citoyens comme chefs militaires et décideurs politiques se trouvent aujourd’hui confrontés à des choix difficiles : faire abstraction des crimes que commet l’occupant marocain au jour le jour, ou s’engager dans la lutte armée, devenue une revendication des masses populaires sahraouies. Le risque est de voir de nouveau s’engouffrer la région dans le collimateur de la violence.

Aujourd’hui, le rôle des militants révolutionnaires, marocains comme sahraouis, est de lutter contre la fièvre raciste que les deux forces antagonistes (pouvoir marocain et indépendantistes) nourrissent et de soutenir un projet démocratique et pacifiste. Des militants communistes libertaires marocains et sahraouis

Le nombre exact est encore inconnu à cause de la censure médiatique imposée par le régime monarchique de Rabat qui parle de deux civils tués et de 11 morts dans les rangs des forces de l’ordre, chiffres à prendre avec modération.

Des militants communistes libertaires marocains et sahraouis

[1] Mouvement de libération armée dans l’ex-colonie espagnole, fondé en 1973 par El Ouali Mostapha Sayed

[2] Le nombre exact est encore inconnu à cause de la censure médiatique imposée par le régime monarchique de Rabat qui parle de deux civils tués et de 11 morts dans les rangs des forces de l’ordre, chiffres à prendre avec modération.

Publié le 13 janvier 2011 par Commission Journal (mensuel)

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