Point hebdomadaire double (n°16 et 17) sur la campagne de parrainage

Posted on avril 1, 2013


ASDHOM :

Le vendredi 29 mars, un vent de liberté a soufflé sur Casablanca quand les portes de la prison d’Oukacha se sont ouvertes pour laisser sortir les deux figures emblématiques du mouvement 20-Février, le poète Younes Belkhdim et l’artiste rappeur Mouad Belghouat, alias Elhaqed. Les autorités pénitentiaires ont préféré les faire sortir très tôt dans la nuit du jeudi à vendredi (minuit passée de quelques minutes) pour éviter tout attroupement et rassemblement devant les portes de la prison. Tou-te-s leurs ami-e-s et camarades du mouvement attendaient effectivement ce jour après exactement un an de détention. L’ASDHOM qui les avait mis sur ses listes des parrainés, tient à les féliciter d’avoir retrouvé les leurs la tête haute. Elle félicite également leurs familles, le mouvement 20-Février au Maroc sans oublier leurs parrains et marraines qui, depuis la France, n’ont cessé de leur apporter le soutien dans le cadre de cette campagne de parrainage. Leurs parrains et marraines peuvent désormais se tourner vers d’autres prisonniers du 20-Février, comme par exemple ceux d’Al-Hoceima ou de Tanger au Nord du Maroc ou encore ceux d’Agadir dans le Sud, qui, eux, restent malheureusement derrière les barreaux.

 

Si Mouad et Younes ont quitté la prison, d’autres militants du mouvement 20-Février y sont récemment condamnés pour des motifs fallacieux comme la plupart des chefs d’accusation portés dernièrement contre les participants aux mouvements de protestation : trafic de drogue, violences à l’égard d’agents de la force publique, destruction de biens publics, etc.

C’est le cas du militant Mohamed El-Houari, arrêté le 18 mars  et conduit à la prison locale de Tanger où il va découvrir qu’il a été condamné par contumace à 6 mois de prison ferme sans aucune explication ni possibilité de faire appel. Il a publié un communiqué le 28 mars où il explique les conditions de son arrestation, dénonce le déni de droit à un procès équitable et où il entend entamer une grève de la faim pour réclamer ses droits.

 

D’autres arrestations et condamnations ont eu lieu à travers le pays. Nous les résumons et insérons parmi les informations que l’ASDHOM reçoit régulièrement sur les groupes proposés au parrainage :

 

El-Jadida (Jorf Al-Asfar, nouveau) : Les habitants des communes voisines du complexe chimique de l’Office Chérifien des Phosphates (OCP) à Jorf Al-Asfar, non loin d’El-Jadida, se sont rassemblés, le 11 mars, devant ledit complexe pour protester contre leurs conditions de vie et réclamer des emplois ainsi que des indemnisations pour l’expropriation dont ils étaient victime. Les forces de l’ordre se sont intervenues avec violence et ont procédé à des arrestations parmi les jeunes présents. Six jeunes ont été traduits devant le tribunal le vendredi 22 mars et condamnés à des peines allant de 2 mois à un an de prison ferme. Il s’agit de Nourdine Al-Asri, Saïd Semlali, Abdelkrim Jarmoun, Abdelhaq Jarmoun, Ahmed El-Khaldi et Rachid Makhlas. Les avocats de la défense ont dénoncé un procès injuste et réclamé leur libération immédiate. L’ASDHOM déplore cette justice aux ordres qui fabrique des victimes de violations de droits. Elle recueillera les informations et les données concernant ces six jeunes pour les proposer bien évidemment au parrainage.

 

Meknès- Groupe UNEM : Les cinq prisonniers politiques de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc, en attente de procès à la prison Toulal 2 de Meknès, ont entamé une grève de la faim depuis lundi 11 marspour alerter l’opinion publique sur leurs conditions de détention, réclamer un procès équitable au plus vite, demander de les isoler des prisonniers de droit commun, bénéficier des soins et de visites et pour dénoncer la mise au cachot ainsi que les insultes et les agressions dont ils sont régulièrement victimes. Rappelons que M. Gilles Deloustal, leur parrain français, a saisi et interpellé récemment les autorités marocaines sur leurs conditions carcérales. (Voir Rubrique Témoignages et lettres)

 

Agadir- Groupe UNEM (Nouveau) : Comme à la prison Toulal de Meknès et au même moment, un autre groupe de quatre militants de l’UNEM à Agadir mène une grève de la faim de soutien. Il s’agit de Nourdine Abdelouahab, arrêté à Mhamid El-Ghizlane et condamné à 2 ans et 8 mois pour sa participation aux protestations des habitants de sa ville ainsi qu’au mouvement 20-Février à Agadir où il étudie, d’Omar Labtah (2 ans, de Balghit Lakdimi (2 ans) et de Boubker Lahbib (2 ans). L’ASDHOM les ajoutera à ses listes de candidats au parrainage dès qu’elle aura reçu tous les éléments les concernant.

Groupe Sahraouis-Gdeim Izik à Salé 1 : Un groupe d’organisations, indignées par les condamnations lourdes prononcées le 17 février dernier par le tribunal militaire de Rabat à l’encontre des 25 militants sahraouis de Gdeim Izik, a adressé le 25 mars  une déclaration sous forme de plaidoyer à plusieurs institutions et personnalités diplomatiques dont Mrs. Ban Ki Moon et Christopher Ross. La lettre, signée par l’ACAT, l’ASDHOM, l’AIJD, l’AMDH, le BIRDSHO, le CCFD, la CIJ-Suède et le MRAP, demande entre autres « que les accusés soient immédiatement remis en liberté et que si une nouvelle procédure devait être engagée, elle le soit devant les juridictions de droit commun, dans le respect des droits de la défense et des règles de preuve. »

Vous trouverez cette lettre sur la rubrique Témoignages et lettres du site de l’ASDHOM.

S’agissant du groupe, l’ASDHOM a reçu les nouveaux numéros d’écrou après les condamnations et elle va procéder à la réactualisation des fiches de tous les concernés.

Par ailleurs, Naâma Asfari, l’un du groupe, condamné à 30 ans, a publié une lettre relative au procès dont il était victime. Vous trouverez également sa lettre traduite au français sur la même rubrique Témoignages et lettres. Sa femme, Claude Mangin, lui rendra visite dans les mois prochains et profitera de l’occasion de lui transmettre ainsi qu’aux autres membres du groupe vos sympathies et mots de soutien. N’hésitez pas à la contacter à travers l’ASDHOM.

Toujours concernant ce groupe, Hassan Dah, un jeune de 26 ans, lui aussi condamné à 30 ans de prison ferme, entretient dans le cadre de notre campagne de parrainage une correspondance avec sa marraine, Marie-Josée Fressard, de l’association Solidarité Maroc 05 à Gap. Elle vient de publier sur son blog un témoignage reçu récemment sur son expérience carcérale. Voir le blog suivant :

http://solidmar.blogspot.fr/2013/03/hassan-26-ans-un-prisonnier-politique.html

 

Groupe Sahraouis Aït-Melloul : L’Association des Travailleurs Maghrébins de France-section Rennes (35) a décidé de parrainer le prisonnier sahraoui Mohamed El Bassraoui, incarcéré à la prison d’Aït-Melloul, non loin d’Agadir. Une lettre dont l’ASDHOM a reçue une copie lui a été adressée dans ce sens. Voir rubriqueTémoignages et lettres

 

Zayou-Nord-Est du Maroc : Nous avons signalé dans nos précédents points hebdomadaires l’arrestation de sept militants du 20-Février et de l’ANDCM (Diplômés Chômeurs) à Zayou au début de mars et qui devaient être traduits en liberté devant le tribunal de Nador. L’AMDH de la région orientale a organisé, le samedi 23 mars, une caravane de solidarité avec ces militants. Cette caravane, partie de Berkane, avait pour but de dénoncer le siège dont fait l’objet la ville de Zayou depuis la marche de protestation de la population et de réclamer la libération des sept militants et le respect des libertés fondamentales.

 

Groupe Belliraj à Salé 2 : Plusieurs artistes belges se joignent au comité de soutien à Ali Aarrass pour organiser le 1er avril : 5 heures pour Ali Aarrass parce que 5 ans de détention arbitraire, ça suffit !

Rappelons que ce Belgo-Marocain a été extradé par l’Espagne au Maroc alors que le juge Baltasar Garzon avait mené une instruction qui l’avait innocenté de tout fait de « terrorisme » que lui reproche l’Etat marocain.

 

Pour clore ce double point hebdomadaire, nous vous informons qu’au même moment où des membres de l’ASDHOM se trouvaient à Tunis pour le Forum Social Mondial 2013, un de ses administrateurs, Abid El Khattabi, s’est rendu à Bruxelles le 23 mars pour assister à la conférence organisée par nos amis de l’AMBDH sur « le suivi des recommandations de l’IER en matière de disparition forcée au Maroc ». Le cas de Houcine El-Manouzi, enlevé le 29 octobre 1972 à Tunis, a été traité en présence de son frère Rachid El-Manouzi.

Cette conférence a été suivie d’une rencontre entre les associations marocaines des droits de l’Homme en Europe dans le cadre du Collectif Al-Haqiqa (Vérité) qui a été créé au moment de la mise en place par l’Etat marocain de l’Instance Equité et Réconciliation pour tenter de solder le passif des droits de l’Homme des années de plomb.Un communiqué sera bientôt rendu public pour annoncer la poursuite des activités de ce collectif qui a toujours sa raison d’être étant donné que le dossier de la disparition forcée et les enlèvements au Maroc reste d’actualité.

 

Concernant la campagne de parrainage, l’ASDHOM continue sa tournée de sensibilisation en se rendant à l’ATMF-Argenteuil (95) qui l’invite lors de la réunion de son conseil d’administration du samedi 13 avril. 

 

Pour le bureau exécutif

Ayad Ahram

Président de l’ASDHOM

Paris, le 1er avril 2013

 

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