Sahara occidental : entre occupation et résistances

Posted on mars 26, 2013


Lettre des Relations Internationales du Parti Communiste Français :

Rien ne semble ébranler le régime marocain dans la poursuite de la stratégie coloniale, dans le fait accompli de l’occupation des territoires sahraouis anciennement colonisés par l’Espagne, et ce, en viola- tion du droit international et des résolutions des Nations unies portant sur l’organisation d’un référendum d’autodétermination, seule solution « politique, juste et durable » pour mettre un terme à un conflit qui dure depuis 38 ans !

Le Sahara occidental est aujourd’hui le dernier terri- toire colonisé d’Afrique. Le peuple sahraoui, qui continue à mener une lutte pacifique pour la reconnaissance de ses droits, est appuyé par la légalité interna- tionale de l’ONU. L’émissaire personnel du secrétaire général de l’ONU, Chistopher Ross, a réaffirmé lors de sa visite dans les territoires occupés en octobre dernier, l’application du droit à l’autodétermination comme seule condition de décolonisation de ce terri- toire et pour « éviter des violences tragiques pour les peuples de la région ».

Parmi les actes de résistance menés par la population contre l’oppression, dans un climat de complaisance de certains gouvernements à l’égard du régime marocain, un camp avait été spontanément monté, pour attirer l’attention sur les conditions de vie précaires et sur les difficultés sociales à Gdeim Izik en 2010. Compte tenu de la situation, cette initiative s’est transformée en revendication nationale des libertés et de souveraineté sur les richesses nationales.

Le démantèlement de ce camp s’est déroulé dans un climat de violence mobilisant toutes les forces de sécurité, y compris l’armée, brûlant des tentes et jetant leurs occupants sans ménagement. On dénombre de nombreuses victimes.

Les Sahraouis arrêtés lors de ce triste événement, au nombre de 22 (auxquels ont été ajoutées deux per- sonnes, de façon arbitraire, car elles n’étaient pas sur les lieux et n’ont pas été arrêtées à la même date), ont été jugés devant le tribunal militaire de Rabat.

Après plusieurs reports au mépris de toutes les procédures, le procès a débuté le 8 février dernier. Des observateurs français étaient présents aux différentes audiences. Comme modèle de procès colonial, on ne pouvait pas faire mieux : déploiement de moyens importants et démonstrations de forces autour du tribunal. Après 9 jours d’affilée et dans un climat qui rap-

pelait les années de plomb du règne d’Hassan II, le verdict est tombé. Des peines d’une grande sévérité sont prononcées, par une juridiction militaire à l’égard de civils, bel exemple d’état de droit, à l’heure où régulièrement le Royaume du Maroc frappe aux portes de l’Europe pour des partenariats économiques et com- merciaux. En effet, au terme de ce procès « des 24 », 9 Sahraouis ont écopé de la prison à perpétuité, 4 condamnés à 30 ans, 7 à 25 ans, 3 à 20 ans et 2 à deux ans (libérés à l’issue du procès après 27 mois d’incarcération).

Encore une parodie de procès, sans respect des droits de la défense, sans témoins et sans preuves. Assuré de l’impunité habituelle des régimes occidentaux et de leurs vassaux quand il s’agit de bafouer les droits élémentaires des Sahraouis, au mépris de sa propre législation et des engagements internationaux ratifiés par le Maroc, le tribunal a prononcé ces peines, pour l’exemple, pour l’intimidation et pour la vengeance, devant la cinquantaine d’observateurs étrangers, qui se sont relayés pendant les 9 jours, devant des avocats méprisés et les associations, dont la courageuse et détermi- née Association marocaine des droits de l’Homme, pour son opinion publique.

Ni la présence de nombreux européens, ni le courage des militants marocains et sahraouis des droits de l’Homme, ni le soutien de leurs avocats, ni les manifestations de solidarité des familles n’ont pu inciter les juges au moindre geste de respect du droit et de la jus- tice.

Ce procès aura servi de tribune aux prisonniers sa raouis pour, comme le dit Enaama Asfari (condamné à 30 ans de prison) : « exprimer notre idéal pacifique de vivre en harmonie avec le peuple marocain qui souffre, lui aussi, de ce régime et les autres peuples de la région ».

Sans débats contradictoires et sans éléments matériels nécessaires à la manifestation de la vérité, les familles des victimes marocaines lors des affrontements quitteront également le tribunal sans obtenir de réponse sur les circonstances de la mort du fils ou de l’époux qu’ils ont perdus, et dont elles ne verront ni la dépouille ni le certificat de décès. De jeunes victimes au service d’un régime aveuglé par le pouvoir absolu, qui conti- nue, comme d’autres en Afrique et dans le monde arabe, à rester sourds aux aspirations démocratiques de leur peuple à vivre libre.

Combien de printemps faudra-t-il ? Combien d’hommes et de femmes devront encore tomber pour la dignité humaine, dans ces pays, encore gouvernés par la force ?

Meriem Derkaoui

membre du Conseil national