Point hebdomadaire n°14 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc

Posted on mars 11, 2013


ASDHOM :

« Je ne pense pas qu’il y ait un prisonnier politique du mouvement du 20 février au Maroc » et le chef du gouvernement marocain, M. Benkirane, de continuer lors de son entretien télévisé du 24 février dernier avec TV5Monde, RFI et le journal le Monde, « La torture existait au Maroc, et ça date de 30 à 40 ans. Maintenant c’est fini (…) Nos services et notre ministre de la Justice disent que c’est fini. »

Les associations de défense des droits de l’Homme dont l’ASDHOM veulent bien le croire, mais la réalité est toute autre. Elle est amère. Nous vous laissons juger vous-même. Voici pour commencer le cri d’un de ces dizaines de détenus du 20-Février après l’annonce du chef du gouvernement marocain. Extrait :

 

  » Depuis les geôles de la résistance et du défi, derrière les barreaux rouillés, je lance mon cri en réaction à la déclaration du premier ministre du gouvernement et à celle du ministre de l’injustice et de l’esclavagisme sur l’absence de prisonniers des mouvements de protestation au Maroc. Je déclare ceci :

« Si vous n’avez aucune honte, dites et faites ce que bon vous semble ». Vous massacrez les manifestations pacifistes, vous menacez les militants, vous arrêtez, vous fabriquez de toutes pièces des accusations, vous emprisonnez le socle de la jeunesse qui aime son pays et, avec arrogance, vous niez l’existence des détenus d’opinions dans cette patrie violée. (…)

Ô premier ministre du gouvernement quasi inexistant, ô ministre de l’injustice et de l’esclavagisme, sachez que nous connaissons ces pratiques indignes et haineuses, notre lutte continue, ni la mort ni la prison ne nous feront y renoncer.

Notre culture populaire marocaine dit « l’homme meurt pour sa terre ou pour ses enfants ».

Réprimez, enlevez, torturez, tuez, fabriquez des dossiers d’inculpations selon ce que votre conscience vous suggère.

Tant qu’existent l’exploitation de l’homme et l’injustice sur cette terre résistante, il y aura toujours des voix qui se soulèveront pour réclamer la liberté…

Et si le désespoir et l’anéantissement peuvent nous atteindre, les souffrances des opprimés et le sang des martyres nous aiguillonnent pour nous réveiller, allument en nous le feu éternel de la libération et nous forcent à soulever ce flambeau tout haut pour illuminer le chemin des opprimés et nous libérer des chaines de l’esclavagisme. »

C’est le cri du fond de la prison Oukacha de Casablanca du poète du 20-Février, Youness Belkhdim, incarcéré avec le jeune rappeur Mouad Belghouat (alias El-Haqed).

Ce texte a été traduit au français par sa marraine, Hayat Berrada Bousta, membre de l’ASDHOM et du Forum Marocain Vérité et Justice. Sa marraine Hayat a tenté, lors d’un séjour à Casablanca, de lui rendre visite. Elle n’a malheureusement pas pu, mais elle a rencontré le 22 février l’avocat de son filleul, Me Said Benhammani, et voici le compte-rendu qu’elle a fait à l’ASDHOM sur cette rencontre :

1-      MA DEMANDE POUR VISITER YOUNES EN PRISON.

          Me Benhammani m’a informée que le comité régional de surveillance des prisons,  composé du directeur de prison, du procureur du roi, du gouverneur de région et de membres de la société civile dont des membres de l’AMDH, a suspendu la possibilité de demander l’autorisation du ministère de la justice d’une visite aux prisonniers.

 

          Proposition : demander un courrier de l’ASDHOM, spécifiant mon nom…pour que Me Benhammani puisse présenter cette demande de visite au procureur du roi.

 

2-      RAPPEL DE L’HISTORIQUE DE LA DETENTION DE YOUNES :

·         Arrestation et inculpation :

          Arrêté le 29 mars 2012 dans une manifestation de soutien à El-haqued, il a été torturé à l’extérieur et à l’intérieur du commissariat. Il a été présenté devant le procureur du roi le 1er avril 2012. Une demande d’expertise médicale a été faite à l’hôpital Hay hassani d’Aïn Sebbaa. Celle –ci a conclu : « traumatismes de la main droite avec douleurs et œdèmes ».

          Le jugement en première instance a eu lieu le 18 mai 2013 sous 3 actes d’inculpation :

1-      Participation à un attroupement armé, dispersé par la police.

2-      Utilisation de la violence contre les forces de l’ordre dans le cadre de leurs fonctions avec blessures des forces de l’ordre

3-      Détérioration des établissements publics.

Younes Belkhdim écopera de 2 ans de prison ferme et le jugement en appel  du 13 juillet 2012 réduira sa peine à 1 an de prison ferme.

·         Conditions d’emprisonnement :

          Les détenus politiques étaient, au début, entassés avec les prisonniers de droit commun. Actuellement, ces conditions ont été améliorées mais Younes, étudiant en 1ère année de littérature n’a pas pu suivre ses études car le délégué général des prisons, Mr Benhachem  ne lui a pas accordé cette autorisation.

          Younes s’impose auprès de ses gardiens. Il a entamé plusieurs grèves de la faim : la première de 3 jours, la seconde d’une semaine et la troisième de 30 jours avec 3 jours de grève de la soif.

Younes Belkhdim connaît actuellement une situation normale en attente de sa libération prévue entre le 27 et 29 mars 2013. »

 

Une deuxième marraine, Marie-Jo sé Fressard, outrée par les propos du chef du gouvernement marocain, a choisi, quant à elle, de s’adresser directement à lui et lui dit : « Actuellement, dans 21 geôles marocaines sont écroués 190 prisonniers politiques à parrainer, en grande partie des jeunes du Mouvement du 20 février. Ce chiffre ne représente pas la totalité des prisonniers politiques au Maroc. » La suite de la lettre est sur le site de l’ASDHOM (cliquer ici)

Nous rappelons à Monsieur Benkirane, Chef du gouvernement marocain, que lorsque l’ASDHOM a lancée sa campagne de parrainage en novembre dernier, elle avait établi une liste non exhaustive de 172 victimes de violations de droit au Maroc. Cette liste comporte des militants du 20-février, de l’UNEM, des Sahraouis, des syndicalistes, des mineurs, des Islamistes, etc. Plusieurs d’entre eux ont déjà été parrainés par des épris de justice et de démocratie. Nous avons constaté malheureusement que, malgré quelques libérations pour fin de peine, la liste ne cesse de s’allonger. Il y a eu entre temps ceux de Marrakech (10), ceux de Meknès (7), ceux de Zayou la semaine dernière (7), ceux de Tanger (21) présentés de nouveau devant le tribunal le 7 mars pour des faits qui remontent à juillet 2012, ceux le Larache, les deux jeunes militants du 20-Février, de l’AMDH et du PADS, Ayman El-Haddad et Rochdi Aoula, etc. Les chefs d’accusations sont toujours les mêmes : Rassemblement non autorisé, violences et outrage à l’encontre des agents de la force publique, destruction de biens publics, trafic de drogue…..C’est sûr que ces chefs d’inculpation ne font pas d’eux des prisonniers politiques, d’opinion ou d’expression.

 

Pour finir ce point hebdomadaire, nous signalons, n’en déplaise à M. Benkirane, que :

          Les familles des prisonniers européens d’origine marocaine et leur comité de soutien organisent tous les 1ersdimanches de chaque mois un rassemblement à Bruxelles pour réclamer leur libération. Voici le témoignage de Farid Aarrass, sœur d’Ali Aarrass du groupe Belliraj, parrainé par Me Alima Boumediene Thiery :http://youtu.be/w1In7Rw5apE

          L’ACAT interpelle le chef d’Etat marocain concernant les condamnations lourdes prononcées le 17 février par le tribunal militaire de Rabat à l’encontre des 25 Sahraouis du groupe de Gdeim Izik (cliquer ici pour télécharger la lettre à adresser sur le sujet)

          Monsieur Juan E.Méndez, rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, a présenté le 4 mars au Conseil des droits de l’Homme à Genève son rapport sur la visite effectuée au Maroc du 15 et 22 septembre 2012. (Cliquer ici pour télécharger le rapport)

 

Les victimes de violations des droits de l’Homme au Maroc ont besoin de notre implication. Le parrainage est un moyen d’exprimer sa solidarité avec elles.

Continuons à parrainer et à faire parrainer par d’autres pour briser l’isolement et l’enfermement injustes auxquels sont soumises ces victimes.

 

Pour le conseil d’administration de l’ASDHOM

Ayad Ahram

Paris, le 11 mars 2013