Conflit du Sahara : Médi1 reste au service du Makhzen

Posted on février 2, 2013


Demain Online :

Le journalisme français aux ordres se porte bien. Hier, vendredi 1er février, premier jour du procès des 24 indépendantistes sahraouis accusés du massacre de Gdeim Izik, il y a plus de deux ans, les auditeurs de Médi1s’attendaient à de l’information contrastée pour savoir ce qui s’est passé ce jour de 2010 quand 10 membres des forces de l’ordre marocaines, un ambulancier et deux sahraouis ont perdu la vie dans des circosntances tragiques.

Au lieu de cela, Médi1, qui appartient à un consortium public franco-marocain, a fait montre d’un journalisme digne des années de plomb. Et pour une fois, ce ne sont pas des journalistes marocains qui en ont été les protagonistes, maisdeux journalistes français.

Au lieu de parler du procès, la journaliste française qui présentait le journal de12h30 a préféré évoquer le « ralliement de 300 militants du Polisario » à AQMI, le mouvement terroriste maghrébin. Ajoutant, pour conforter son « information », que c’est « un chercheur tunisien, un spécialiste des mouvements terroristes » qui le rapporte.

Mais qui est-il ce spécialiste tunisien ?  Son nom ? Silence radio. On n’en saura rien. Tout au plus elle assène ses auditeurs avec un « ce chercheur tunisien a recoupé le constat de plusieurs thinks tank américains ».

La parole est alors donnée à Claude Porsella, correspondant à Washington de Médi1 (Jean-Louis Pourtet pour RFI). Et là on se serait cru à la bonne époque de la vieille RTM (Radio télévision marocaine), la télé et la radio publiques, figées et archaïques, de l’ère Hassan II.

Le Polisario serait l’allié d’AQMI, nous dit Porsella en se basant sur les déclarations d’un analyste américain, Yonah Alexander, qui répète ces assertions depuis plusieurs années sans que le Département d’Etat américain, qui veille au grain pour savoir qui est avec qui dans la grande mouvance jihadiste, ne lui fasse cas. Yonah Alexander a visité le Maroc et le Sahara en janvier 2011 à l’invitation des autorités marocaines.

Puis le vieux journaliste franco-américain, qui a quitté la Voix de l’Amérique il y a quelques années parce qu’il s’estimait « censuré », reprend des termes qui sont généralement utilisés par la presse marocaine pour traiter le conflit du Sahara. Le Polisario aurait signé un « partenariat » avec AQMI, les camps de réfugiés de Tindouf seraient en réalité des « camps de séquestrés » (même si l’ONU dit le contraire!), et les indépendantistes seraient des « séparatistes », etc…

Qu’un journaliste marocain débite ces formules et ces adjectifs, c’est dans l’ordre des choses. Le journalisme au Maroc est patriotique avant d’êtreinformatif. Mais que des journalistes professionnels français singent verbalement leurs confrères marocains, c’est assez inhabituel. Sauf sur Médi1bien sûr.

Le Polisario allié d’AQMI, on en rêve à Rabat. Mais pour le moment c’est un non-sens total que même le plus débile des analystes des mouvements terroristes islamistes rejeterait sans la moindre discussion.

Une alliance du Polisario avec AQMi serait un suicide en bonne et due forme de ce mouvement indépendantiste dont la survie économique, politique et diplomatique dépend du bon vouloir de l’Etat algérien. AQMI est l’ennemi mortel de l’Etat algérien ; et qui finance et porte à bout de bras le Polisario sinon l’Etat algérien.

Le Polisario allié avec les terroristes d’AQMI on voudrait bien, comme ça on demandera à l’armée française de François Hollande de nous en débarrasser. Mais pour le moment c’est plus un désir qu’une réalité.

Au fait, une information qui n’a pas été relevé par les journalistes français deMédi1 : le procès des 24 sahraouis a été reporté au 8 février. 

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