Votre route d’hiver : dégivrée avec du sel du Sahara occupé ?

Posted on janvier 5, 2013


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Une nouvelle industrie est en train d’émerger dans les territoires occupés du Sahara Occidental : l’exploitation et l’exportation de sel.

Si vous vivez dans un pays européen où il fait froid, il est possible que les rues et routes dans votre ville soient à l’avenir salées avec du sel du Sahara Occidental occupé.Le Sahara Occidental est occupé illégalement et brutalement par son voisin, le Maroc. L’occupation est renforcée par le pillage contraire à l’éthique du territoire par le Maroc. Le service juridique de l’ONU a déclaré en 2002 que toute exploration ou exploitation à venir des ressources minérales serait en violation du droit international. Pourtant, des Sahraouis dans les territoires occupés, qui dans une large mesure sont au chômage et marginalisés dans leur propre pays, ont observé comment une nouvelle mine est lentement implantée au nord de la capitale El Aaiun (aussi écrit «Laâyoune»).

La société texane, Crystal Mountain, donne sur ses pages l’impression que les opérations d’exploitation se déroulent à Tarfaya, au Maroc. Faire des affaires à Tarfaya, qui se trouve vraiment au Maroc, n’entraîne pas de contestation. Toutefois, les recherches menées par Western Sahara Resource Watch montrent que la mine de sel n’est pas au Maroc.

La mine est en fait situé à Oum DBAA, au sud de la frontière Maroc – Sahara occidental (représentée par une ligne rouge sur la carte Google Earth ci-dessous). Les photos et les vidéos présentées dans cet article ont été prises récemment dans le territoire occupé.

oum_dbaa_350.jpgBien qu’aucun pays au monde ne reconnaisse les revendications marocaines sur le territoire, la carte de Crystal Moutain montre un Maroc près de deux fois de sa taille internationalement reconnue. Selon les pages Web de Crystal Mountain, la compagnie peut offrir « des envois à partir du port de Laâyoune, MAROC ». Cependant la ville de Laâyoune, ou El Aaiun, n’est pas du tout au «Maroc», contrairement à ce que la compagnie déclare. C’est la capitale du Sahara Occidental. Voir ci-dessous une capture d’écran des pages Web erronées.

La compagnie affirme sur ses pages Web que la production de 2013 sera inférieure à 200.000 tonnes/an, et qu’elle prévoit de se développer rapidement : à partir de 2016, l’entreprise projette de produire 1 million de tonnes/an. La compagnie écrit que le sel peut être utilisé pour l’industrie du poisson, de l’agriculture – et pour le dégivrage des routes.

On ne sait pas quels sont aujourd’hui les gains pour le gouvernement marocain de l’extraction dans le territoire occupé, ou si les Sahraouis du Sahara Occidental seront employés dans la mine. Il est également peu probable que l’entreprise ait déjà consulté le peuple sahraoui pour savoir s’il est d’accord pour que les opérations se tiennent à Oum DBAA, ce qui serait une nécessité si l’opération voulait être en conformité avec le droit international, selon l’ONU.

Selon les Sahraouis à El Aaiun, la production se déroule actuellement 24 heures par jour, et presque tous les employés sont des colons marocains.

Le 21 novembre 2012, WSRW a envoyé une lettre à la compagnie américaine Crystal Mountain pour demander l’emplacement exact de ses opérations au Sahara Occidental.

« Il est de notre avis que les activités des entreprises étrangères au Sahara Occidental, qui travaillent en partenariat avec le Maroc, contribuent à saper le processus de paix de l’ONU », a déclaré Western Sahara Resource Watch dans sa lettre à Crystal Mountain.

La compagnie a confirmé la réception de la lettre par téléphone le 15 décembre 2012, mais n’a toujours pas répondu.

« Sur la base des preuves que l’exploitation se déroule dans le Sahara Occidental occupé, nous demandons à l’entreprise de cesser immédiatement toutes opérations ultérieures. Aucune exploitation ne doit avoir lieu dans les territoires occupés jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée au conflit », a déclaré Erik Hagen, président de WSRW.

Durant le second semestre de 2012, Crystal Mountain a publié une offre d’emploi pour un poste vacant de gestionnaire de l’ingénierie à temps plein pour la mine de sel « située dans le sud du Maroc, entre Tarfaya et Laayoune». L’annonce décrit plus en détail les projets de la société pour ses opérations : la construction de la mine, des étangs, des routes, des pompes, des puits de forage, l’installation d’équipements de concassage, approvisionnement électrique, installations d’ensachage et la mise en place de systèmes de transport routier et transport maritime de vrac .

La compagnie est une filiale indépendante de l’ingénierie pétrolière le cabinet de conseil Lonquist  & Co, LLC de Austin, au Texas. Crystal Mountain avait obtenu dans l’année 3,5 millions de dollars par l’émission de nouvelles actions à 29 investisseurs, selon un dépôt auprès de la Commission américaine des opérations de bourse.

Une autre compagnie, apparemment marocaine, commercialise du sel de «Laayoune, Maroc» sur les marchés en ligne depuis 2011. La compagnie s’appelle Bus Bio Industries, prend des commandes minimales de 2200 tonnes, et a une capacité de production totale de 50.000 tonnes. On ne sait pas si c’est de la même région que celle de Crystal Mountain. Voir des exemples de marketing en ligne ici et ici.

Il existe plusieurs gisements de sel au Sahara Occidental. Le photographe français Yann Arthus-Bertrand a pris un cliché de Sebkhet Aridal, près de Bojador, au sud d’El Aaiun.

Cliquez sur l’image ci-dessous pour une meilleure résolution.
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