Ravages de la pêche industrielle en Afrique

Posted on novembre 11, 2012


Le Monde Diplomatique :

Premier importateur de poisson de la planète, l’Union européenne a mis en place une politique commune de la pêche destinée à satisfaire les immenses besoins de ses consommateurs : 22,3 kilos par an et par personne, contre 16 kilos en moyenne dans le monde. Tout en affichant l’objectif de « préservation des ressources naturelles », ce programme encourage des pratiques industrielles destructrices jusqu’en Afrique.

On aurait tort de réduire l’épuisement des ressources marines à un fantasme d’écologistes. La disparition brutale de la morue des Grands Bancs de Terre-Neuve à la fin du XXe siècle, que personne n’avait prévue, a fait l’effet d’un électrochoc planétaire. Lancées par les Basques au XVe siècle, la pêche puis la surpêche de ce grand poisson d’eau froide ont conduit à l’impensable. Au Canada, en dépit du moratoire de 1992, la morue n’est jamais revenue. Et ce qu’on a observé dans l’Atlantique nord est en train de se produire dans d’autres mers. Les plus gros navires du monde mettent dorénavant le cap au sud jusqu’à la limite de l’Antarctique pour se disputer les stocks restants. En deux décennies, la biomasse du chinchard a chuté de trente millions de tonnes à moins de trois millions dans le Pacifique sud. Sur la même période, la population de mérous a diminué de plus de 80 % en Afrique de l’Ouest.

« Connaîtrons-nous une mer sans poissons ? », s’interroge Philippe Cury. chercheur à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Selon lui, à cause de la surenchère technologique et des subventions, la pêche mondiale capture deux fois et demie ce qui est acceptable. La préservation des espèces marines sauvages, outre une question d’écologie et de biodiversité, est un combat pour la survie humaine. Le poisson constitue un apport hautement nutritif, riche en acides gras essentiels, et contribue de ce fait à près de 50 % de la ration protéique animale dans de nombreux pays du Sud : Bangladesh, Gambie, Sénégal, Somalie, Sierra Leone… En Afrique, pendant les épisodes de sécheresse, les produits de la mer ont longtemps constitué une ressource alimentaire de secours, comme en Somalie en 1974 et 1975, lorsque l’économie pastorale avait été dévastée. Mais depuis que les grands acteurs du secteur — Europe, Russie, Corée du Sud, Japon et désormais Chine — se déplacent dans les eaux tropicales au large des côtes africaines, ils concurrencent la pêche artisanale et mettent directement en danger (…)

La suite de l’article dans le numéro de novembre 2012 du Monde Diplomatique.