Parcours d’un militant Sahraoui, torturé

Posted on octobre 4, 2012


Nouvelles du Sahara :

Par Olivier Quarante :

Nouvellesdusahara.fr publie ici le témoignage que Mustapha Abdeddaim, un intellectuel Sahraoui libéré de prison le 27 octobre 2011 après près de trois ans de détention, a présenté récemment à Juan E. Méndez, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture.

« Je suis né en 1962 à Salé. Ma famille est originaire de la ville d’Assa, de la tribu des Ait Oussa. Je suis né à Salé car mes parents y sont venus en 1948 . Mon père a retrouvé un cousin qui était fleuriste et qui travaillait au grand marché aux fleurs de Rabat. Il faisait des bouquets pour la clientèle française et pour la bourgeoisie marocaine.

« Nous habitions dans le ghetto juif du Mellah. C’était là où vivaient les vrais Slaouis, des Maurisques venus d’Andalousie, des gens très propres, très élégants vivant avec art comme les Fassi. L’école primaire s’appelait Bab Rih, c’est-à-dire «La porte du vent». J’étais le seul enfant Sahraoui de l’école, reconnaissable par ma tenue et ma coiffure. Comme tous les enfants Sahraouis, j’avais des touffes de cheveux sur les côtés et une crête au milieu.

« A l’université, j’ai commencé des études de philosophie. Je militais au sein de l’Union Nationale des Etudiants Marocains. J’ai commencé à parler de la Cause Nationale, de ceux qui étaient en prison ou qui avaient été enlevés. En 1982,  ce fût «Le mercredi noir». J’ai passé 15 jours au Commissariat. On nous a arrêtés, Sahraouis et Marocains proches du parti El Amam, le parti de Serfaty. On était «disparus». Cette arrestation et cette disparition ne sont notées nulle part. J’étais un étudiant, issu d’une famille pauvre qui rêvait de sauver sa famille. Là, j’ai changé de méthode. je faisais partie de l’union socialiste des Forces Populaires. On essayait de parler de notre Cause à l’intérieur du Parti, j écrivais des petits articles dans leur journal sur les traditions sahraouies (…).

« On est tenu d’assister à toutes les fêtes nationales marocaines »

« J’ai suivi une formation de professeur pendant deux ans puis j’ai été nommé professeur à Casablanca et Marrakech où j’ai continué à écrire récits et poèmes mais je n’avais plus d’engagements politiques. J’étais le seul professeur Sahraoui du Lycée. Je n’avais pas le droit de dire que j’étais Sahraoui car on était considéré comme des traîtres vis-à-vis du roi. Quand on est identifié comme Sahraoui, on est tenu d’assister à toutes les fêtes nationales marocaines. On t’oblige à faire des choses que l’on ne demande pas aux autres et on le fait, sinon on est accusé de cacher quelque chose.

« Les choses ont changé quand j’ai décidé de devenir surveillant général. J’ai demandé le poste de Zag (NDLR : au sud du Maroc, tout proche du Sahara occidental). J’ai choisi Zag car j’y allais en vacances chez mes oncles et mes tantes, c’était ma manière de me racheter pour toutes ces années de paresse. Je pense qu’ils se sont trompés en m’envoyant là-bas. Pour eux, j’étais Slaoui et vu mes notes, on ne pouvait pas me refuser cette affectation. On était en 2005 (NDLR : début de ce que les Sahraouis appellent l’intifada). Dès septembre, dès le premier mois, j’ai commencé à manifester.

« Zag est une ville d’environ 12000 habitants. Dans mon collège, il y avait des Sahraouis et de nombreux enfants de militaires Marocains.

« En décembre 2006, à Salé, les Marocains ont arrêté mon frère et mon neveu. En signe de protestation, le 10 décembre 2006, Journée Internationale des Droits de l’Homme, j’ai versé 10 litres d’essence sur mon corps et j’ai menacé d’y mettre le feu si on ne les relâchait pas. Tout le collège est sorti.

« Pendant cette période, j’ai écrit sur le site de l’Union des Journalistes et Ecrivains Sahraouis. J’ai publié en arabe un ouvrage intitulé «On demande l’Aube», c’est-à-dire la Liberté (collection l’Indépendance). »

Le 1er septembre 2008, Mustapha Abdeddaim est nommé à Assa (NDLR : même région que Zag), au Collège Allal El Fassi. Le 27 octobre 2008, il a été arrêté pour outrage au drapeau.

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