Dissonances au Gouvernement sur le Sahara occidental

Posted on septembre 29, 2012


Nouvelles du Sahara :

27 septembre 2012

Par 

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n’est pas sur la même longueur d’onde que Martine Aubry et son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sur le sujet du Sahara occidental. Des courriers l’attestent.

(Cet article a été publié le 3 juillet, modifié le 7 puis le 27 septembre 2012)

Jean-Marc Ayrault, alors président du groupe socialiste, a envoyé le 31 mars 2011 un courrier à l’ «Association des amis de la république arabe sahraouie démocratique» (ARASD). Il y résume : «les positions qui sont les nôtres sur ce difficile contentieux».

«Les socialistes dans leurs déclarations publiques s’en tiennent depuis l’occupation du territoire par le Maroc à une position privilégiant le respect du droit international et du droit à l’autodétermination des peuples colonisés», peut-on y lire.

On peut relever tout d’abord l’utilisation des termes «occupation» et «peuples colonisés».

Outre l’usage de mots proscrits quand on veut passer pour un «ami du Maroc», Jean-Marc Ayrault et l’ensemble de son groupe parlementaire font référence aujourd’hui à une position du Parti socialiste exprimée en 1991 qui soutient l’ONU pour «organiser un referendum d’autodétermination (…).» Et d’ajouter : «Il ne saurait être question de s’écarter de ce plan (…)»

Faire référence à cette déclaration publique de 1991, c’est bien entendu écarter la proposition présentée par le Maroc 16 ans après, sur laquelle, en revanche, Martine Aubry s’appuie lors de sa visite au Maroc en mars dernier, à savoir la proposition d’autonomie régionale qui détourne le fondement du referendum d’autodétermination puisqu’elle demande « aux populations concernées » (donc y compris aux Marocains installés au Sahara occidental) de se prononcer pour ou contre ce statut d’autonomie et non pour ou contre l’indépendance.

Lors de l’interview télévisée, la Première secrétaire tient d’abord à certifier que : «la position du Parti socialiste a toujours été de soutenir la proposition d’une autonomie renforcée (…)

Elle poursuit : «que le Sahara occidental bénéficie d’un statut particulièrement d’autonomie renforcée nous apparaît la piste la plus sérieuse pour qu’on continue au Conseil de sécurité de l’ONU -car c’est là que ça doit se passer- à avancer sur ce sujet».

«Nous avons toujours appuyé la proposition d’autonomie et nous continuerons à la soutenir si François Hollande est élu Président de la République».

Disparue la référence au referendum d’autodétermination appelé de ses vœux par le Conseil de sécurité de l’ONU, année après année ? Serait-elle reniée, cette volonté de «soutien au droit à l’autodétermination du Sahara Occidental» qui apparaît parmi les 110 propositions présentées aux Français par le futur président François Mitterand ?

Qui croire, Jean-Marc Ayrault qui a développé «les positions qui sont les nôtres» ou Martine Aubry qui s’est fait fort de dire avec insistance combien le PS a «toujours» défendu la proposition du Maroc, alternative au referendum d’autodétermination voulu par l’ONU ?

Pour départager les deux responsables politiques, sans doute peut-on relever que le 18 mai dernier, soit deux jours après l’entrée en fonction de Laurent Fabius comme nouveau ministre des affaires étrangères, le porte-parole du Quai d’Orsay déclarait, à l’occasion de la décision du Maroc de retirer sa confiance à l’envoyé spécial de Ban Ki-moon pour le Sahara occidental, que :

«La France réitère son appui au plan d’autonomie marocain, qui est la seule proposition réaliste aujourd’hui sur la table des négociations et qui constitue la base sérieuse et crédible d’une solution dans le cadre des Nations unies».

Les termes résonnent parfaitement avec ceux tenus le 12 mars 2012 par Alain Juppé, le prédécesseur de Laurent Fabius : «nous considérons que le plan d’autonomie marocain est aujourd’hui la seule proposition réaliste sur la table, constitue la base sérieuse et crédible d’une solution. La persistance du statu quo n’est dans l’intérêt de personne».

(Ajouté le 7 septembre 2012) Laurent Fabius a effectué cet été un déplacement à Alger. Le 16 juillet, à une question posée lors d’un point presse sur le Sahara occidental, il affirmait : « Nous avons abordé effectivement ce problème du Sahara occidental et j’ai eu l’occasion de dire à nos amis algériens que notre position est celle qui était défendue par les Nations unies. (…) J’ai ajouté et je le fais volontiers devant vous, que nous sommes favorables à tout ce qui peut rapprocher l’Algérie et le Maroc. (…) Nous nous plaçons dans le cadre de la légalité internationale telle qu’elle est définie par les Nations unies et c’est cette position qui sera celle de la France. »

Faut-il voir dans ces propos une nuance aux déclarations habituelles ?

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