Le Maroc sous surveillance internationale

Posted on septembre 19, 2012


Par Attac Maroc :

Le séjour du rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, qui se poursuivra jusqu’au 22 septembre, est l’occasion idoine pour toutes les associations et les victimes de tortures de présenter directement leurs doléances à l’Argentin, Juan Mendez. Une petite revanche pour elles sur un État dont les représentants ne cesse de clamer que le recours à la torture est bien révolu.

 

Les droits de l’Homme au Maroc sont sous haute surveillance internationale. C’est le grand oral devant les Nations Unies. La torture est au cœur de cet examen. Les preuves de sa pratique sont de plus en plus évidentes. Le royaume est dans une situation très délicate. L’image du pays, qui entend se positionner comme un modèle dans la région du Maghreb en matière de respects des droits de l’Homme selon les standards internationaux, se trouve ainsi écornée.

Dans une tribune parue au quotidien Akhbar Al Yaoum, Me Abderrahim Jamai, président de l’Observatoire des prisons et également membre de la Haute instance de la réforme de la justice, explique que « l’enquête menée au Maroc par une instance internationale officielle a une autre portée, celle d’établir que l’Etat a failli dans la protection de ses citoyens et a échoué à leur garantir une existence humaine et leur assurer leurs droits, malgré la loi et la constitution ».

Pour cet ancien bâtonnier, « il n’est désormais plus possible ni admissible de la part de l’Etat ou de ce que l’on appelle la commission interministérielle ou encore le Haut-délégué à l’Administration pénitentiaire ou encore les ministères de la Justice et de l’Intérieur, etc, etc… de démentir des faits réels et d’en contester l’évidence ». Son appel sera-t-il entendu par le gouvernement ? A en juger par la réaction peu avenante, en date du 13 septembre, du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi sur le rapport d’un collectif de 18 ONG, la réponse tend, plutôt, vers le non. Une position qui est loin d’être sur la même longueur d’onde que celle de son collègue à la Justice. Prudent, Mustapha Ramid déclarait en mai dernier au parlement que le gouvernement « ne tolérera pas la torture et les autres formes de mauvais traitement dans les locaux de la police ».

 

Le CDH de l’ONU n’a pas la crédibilité d’Amnesty ou de HRW

Si les associations des droits de l’Homme ont anticipé la venue de Juan Mendez par l’élaboration de rapports sur la pratique de la torture, l’Etat n’est pas resté les bras croisés. La semaine dernière, le très officiel CNDH du tandem El Yazami-Sebbar a présenté un rapport accablant sur la situation des asiles et des hôpitaux psychiatriques au Maroc. Une première. Mais aussi un moyen de prendre une longueur d’avance sur les observations de Juan Mendez. Et c’est n’est pas une simple coïncidence si la mission de l’inspection du CNDH a concerné uniquement les centres hospitaliers psychiatriques de Arrazi à Salé et celui de Berrechid, deux établissements qui figurent sur l’agenda du rapporteur spécial de l’ONU.

En dépit de ce grand intérêt que suscite la visite de Juan Mendez, notamment chez les ONG, il est peu probable que les résultats en soient à sa hauteur. Il est utile de rappeler que Mendez est au Maroc sur une invitation du gouvernement Benkirane, lequel espère récupérer le siège vacant de la Libye au Conseil des droits de l’Homme. Le CDH, créé en 2006, est une instance relevant de l’ONU et qui souffre d’un manque de crédibilité par rapport à Amnesty international ou Human Rights Watch à cause justement de sa complaisance avec les Etats peu respectueux au respect des droits de l’Homme, comme Cuba, Iran ou la Libye de Kadhafi. En comparaison avec ces trois régimes, le Maroc peut se targuer d’être un « modèle ».

 

 

Lu sur http://www.yabiladi.com/articles/details/12942/torture-maroc-sous-surveillance-internationale.html

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