Sahara occidental : la France doit changer de politique

Posted on juillet 8, 2012


L’Humanité :

Par Jean-Paul Le Marec, secrétaire du Comité pour le respect des libertés et des droits humains au Sahara occidental (CORELSO).

Le gouvernement français constitue actuellement le principal obstacle à une solution de la question sahraouie. Nicolas Sarkozy a suivi la voie tracée par Jacques Chirac. Allié inconditionnel du royaume, « Chirac El Alaoui », surnom donné par le journal espagnol El Pais, avait fait des relations entre la France et le Maroc une affaire de famille. Aux Nations unies, le dossier du Sahara occidental était sous-traité par la diplomatie française qui a exigé, dès l’accord de cessez-le-feu en 1991, que la solution au conflit ne soit pas imposée aux deux parties mais soit « mutuellement acceptable ». Cette contrainte a laissé la possibilité au Maroc de bloquer toute solution politique qui ne lui plaisait pas. Et il ne s’en est pas privé !

Nicolas Sarkozy a voulu faire légitimer l’occupation marocaine du Sahara occidental en essayant de mettre au cœur des négociations, entre le Maroc et le front Polisario, le projet marocain d’autonomie qui ne respecte pas le droit à l’autodétermination et permettrait aux autorités marocaines de décider du sort du Sahara occidental en lieu et place du peuple sahraoui. La France était si peu soucieuse de défendre les droits de l’homme au Sahara occidental que, depuis le déclenchement du soulèvement populaire de mai 2005 dans les territoires occupés et même après le démantèlement du camp de Gdim Izik le 8 novembre 2010, elle a empêché l’extension du mandat de la mission des Nations unies (Minurso) à la surveillance des droits de l’homme au Sahara occidental.

La priorité de Nicolas Sarkozy était de défendre les intérêts commerciaux et financiers des firmes installées au Maroc ou exportatrices. Effectivement, une grande partie de l’économie marocaine est sous le contrôle de capitaux français. D’autres pays comparables, comme la Tunisie de Ben Ali, ont eu ce même type de relations commerciales avec la France. Mais, avec le Maroc, il y a un plus, comme l’a souligné le journaliste Jean-Pierre Tuquoi dans son livre Majesté, je dois beaucoup à votre père… : « La défense des intérêts industriels français n’implique pas forcément le traitement de faveur dont bénéficie le Maroc. Ce dernier doit beaucoup aux compromissions individuelles. (…) Le Maroc est le pays où les ministres français se rendent le plus fréquemment (…), le royaume est un lieu de pèlerinage obligé pour les membres du gouvernement français quelle que soit la couleur politique. »

Élu président de la République en mettant en avant le slogan « Le changement, c’est maintenant », François Hollande a déclaré dans son discours d’investiture : « La France respectera tous les peuples, elle sera partout fidèle à la vocation qui est la sienne, défendre la liberté des peuples, l’honneur des opprimés. » Le peuple sahraoui, opprimé et colonisé, attend donc un changement de la politique française. Au vu de la campagne électorale et des positions du Parti socialiste, on est en droit de s’interroger sur la volonté du nouveau président. Changera-t-il de cap ou continuera-t-il la même politique que ses prédécesseurs ?

La diversité des points de vue au sein du Parti socialiste laisse la porte ouverte. L’Internationale socialiste réaffirme régulièrement « son soutien au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ». Fidèle à cette position, Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale (avant de devenir premier ministre), écrivait le 8 juin 2010 à une association de soutien à la cause sahraouie : « Le PS soutient les efforts accomplis par le secrétaire général de l’ONU pour organiser un référendum d’autodétermination. (…) Ce différend international concerne l’expression du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. » Malheureusement, on entend trop souvent un autre son de cloche chez des responsables socialistes. Au cours de sa visite au Maroc en mars 2012, la première secrétaire du PS, Martine Aubry, a déclaré à la télévision marocaine : « Nous avons toujours appuyé l’initiative marocaine d’autonomie et nous continuerons à le faire si on est au pouvoir. » S’inscrivant dans cette démarche, le porte-parole de M. Fabius, ministre des Affaires étrangères, a affirmé le 18 mai : « La France réitère son appui au plan d’autonomie marocain, qui est la seule proposition réaliste sur la table des négociations et qui constitue la base sérieuse et crédible d’une solution dans le cadre des Nations unies. »

Les résistances à un changement de politique vis-à-vis du Maroc sont très fortes dans l’équipe de François Hollande qui a reçu le roi du Maroc le 24 mai à l’Élysée. Il est donc nécessaire de poursuivre la mobilisation. Avec l’objectif d’obtenir du gouvernement français un engagement ferme pour la mise en œuvre du référendum d’autodétermination, pour la libération des prisonniers politiques sahraouis et la défense des droits de l’homme au Sahara occidental qui doit être incluse dans le mandat de la mission des Nations unies. Les résultats obtenus au Parlement européen avec le rejet en décembre 2011 de la prolongation de l’accord de pêche UE-Maroc et le soutien à l’autodétermination du peuple sahraoui réaffirmé le 18 avril 2012 constituent un encouragement et un point d’appui pour de nouvelles campagnes de sensibilisation et des actions (délégations, rassemblements…) pour infléchir la position du gouvernement français et briser le silence des principaux médias qui font preuve de bienveillance, pour ne pas dire de complaisance, à l’égard du Maroc.

Tenant compte de ses liens politiques et commerciaux privilégiés avec le Maroc, la France peut exercer des pressions sur le Maroc pour qu’il accepte le référendum d’autodétermination qui permettrait enfin au peuple sahraoui de décider librement et démocratiquement de son avenir. Si le gouvernement français continue à empêcher l’application du droit international, il portera la responsabilité de l’utilisation d’autres moyens d’action par le peuple sahraoui comme la reprise de la lutte armée.

 

Jean-Paul Le Marec

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