Les Sahraouis en territoires occupés écrivent à M. Hollande

Posted on juin 1, 2012


APSO : 

El Aaiun, Sahara Occidental, le 26 Mai 2012
Son Excellence Monsieur François Hollande
Monsieur le Président,
Nous, associations et comités de promotion et de défense des droits humains aux territoires occupés du Sahara Occidental, signataires de la présente lettre, vous félicitons pour votre succès à l’élection présidentielle.
Nous sommes convaincus que votre mandat présidentiel saura promouvoir les valeurs de liberté, de démocratie et de droits de l’homme, des valeurs supérieures en France, pour parvenir à la paix et la justice dans un monde libre.
Monsieur le Président
Vous le savez, en vertu des lois sur les conflits armés, la situation au Sahara Occidental est considérée comme en état d’occupation.
Le 31 octobre 1975, le Maroc a envahi le Sahara Occidental dans un grand déploiement militaire, avec la volonté manifeste de supprimer la population originaire. Les exactions commises relèvent de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Tout processus de développement s’est alors arrêté dans la région. La présence du Maroc est illégale, comme est illégal tout ce qu’il entreprend sur notre terre à l’Ouest du mur qu’il a construit. Nous n’y avons jamais consenti.
Nous n’avons jamais consenti non plus au pillage des richesses naturelles de notre terre. Le Maroc nous vole le phosphate, les sable et autres minéraux, de même qu’il surexploite notre mer, avec la complicité d’entités étrangères… Nous demander notre avis passe par un référendum.
Nous résistons depuis 1975. Les villes dans les territoires occupés du Sahara Occidental, les villes du sud du Maroc, les campus universitaires marocains sont régulièrement le théâtre de manifestations pacifiques et des sit-in organisés par les citoyens sahraouis. Ils revendiquent le respect de nos droits fondamentaux, et notamment le droit a l’autodétermination. Tout aussi régulièrement, la police, les forces auxiliaires et l’armée  marocaine sont déployées pour faire face aux manifestants civils et user de la violence.
Des dizaines de citoyens sahraouis sont chaque semaine enlevés, arrêtés ou mis en prison en guise de représailles pour leurs activités, d’autant plus quand ils visent à exposer les tortures physiques et psychiques commises par les forces de sécurités et les militaires contre les civils sahraouis.
À l’automne 2010, plus de 20 000 sahraouis ont quitté la ville de El Aaiun pour planter les tentes à 20 km dans le désert, à Gdaim Izik. Ils se sont mis là à l’abri de l’oppression et des violations continuelles par les autorités marocaines contre leurs droits politiques, économiques, sociaux et culturels. C’était aussi un message d’alerte, un appel à la communauté internationale.
Vous le savez aussi, l’intervention par surprise de l’armée marocaine, avec aviation, véhicules militaires, contre ces milliers de civils, femmes, enfants, vieillards en majorité, a été démesurée de violence.
Pendant le mois précédant le 8 novembre, les négociations n’avaient été que parodies et tentatives de corruption des représentants des autorités marocaines sur les médiateurs élus par les sahraouis du campement Gdaim izik. Le caractère légitime et politique des revendications des déplacés entraient dans le cadre du droit international sur les droits de l’homme et des pactes et accords internationaux auxquels le Maroc est parti. Mais il n’en a tenu aucun compte.
Moins d’un an après la destruction de Gdaim Izik, à Dakhla, deux citoyens sahraouis ont été tués et des centaines ont été blessés dans des incidents inventés par les autorités marocaines, incitant certains colons marocains, alimentés et subventionnés par les autorités, à des déchaînements de violences contre les civils sahraouis.
Monsieur le président,
La position de la France en faveur des efforts illégaux du Maroc pour imposer un statu quo dans le conflit est en déséquilibre sur les ruines du dossier des droits de l’homme et sur les meurtres des sahraouis.
Cette position est contraire aux principes de la révolution française, contraire aux principes des pactes internationaux des droits de l’homme, contraire aux normes de l’Union Européenne. Elle trahit les valeurs de protection des êtres humains et de sauvegarde de leurs droits.
La France par sa position est complice d’un régime dictatorial parce qu’elle ignore volontairement de savoir ce qu’il fait subir à son peuple et au peuple voisin, nous, dont le pays est écartelé, pillé, pollué de mines antipersonnel. Dans notre territoire occupé, la population de colons marocains est plus importante que la nôtre, quand nombre de nos parents vivent en exil dans les campements de réfugiés. Tout cela ne constitue qu’une base de culture populaire de haine entre les nations.
Monsieur le Président,
Nous espérons que vous ferez le choix, au pouvoir de la France, de respecter et faire respecter le droit international, en faisant peser sur le Royaume du Maroc une pression efficace, pour permettre au peuple sahraoui de jouir de son droit à l’autodétermination en toute liberté et démocratie.
Nous espérons également que la France ne sera plus un obstacle à l’extension à la surveillance des droits de l’homme et leur rapport des compétences de la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental.
La situation est, vous l’avez compris, quotidiennement extrême en matière de violation des droits sahraouis par le Maroc.
Et la blessure du peuple sahraoui restera à vif tant que n’est pas divulguée la vérité sur le sort de plus de 500 disparus du fait du Maroc, de 151 prisonniers sahraouis de la guerre et tant que tous les prisonniers politiques sahraouis ne sont pas libérés.
Monsieur le Président de la France, nous espérons que vous prendrez en considération notre lettre, et que vous répondrez à nos préoccupations.
En l’attente, agréez, s’il vous plait, l’expression de notre profond respect.
CODAPSO
CSPRON
ASVDH
ASSOCIATION SAHRAOUI POUR PROTEGER  LA CULTURE SAHRAOUIE
LA CORDINATION GDAIM IZIK
OBSERVATOIRE DE L ENFANT ET LA FEMME SAHRAOUIE
FAFESA  FORUM AVENIR DE LA FEMME SAHRAOUIE
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