Mouvement du 20 février : l’implication des marocains de France

Posted on octobre 27, 2011


Solidarité Maroc :

– Dimanche 23 octobre : manifestation. Départ 15h, parvis des droits de l’Homme (Trocadéro). Arrivée Ambassade du Maroc (rue le Tasse, Paris 16ème)

par Noémie Coppin, 20/10/2011

Sous-médiatisé par rapport à ses grands frères égyptien et tunisien, le soulèvement citoyen marocain est pourtant bien réel. On l’appelle « mouvement du 20 février », un cri des jeunes marocains pour une réelle « liberté, dignité, justice sociale ». Protestant contre l’absolutisme du « maghzen », ils se dressent aussi contre le chômage, la pauvreté, les inégalités sociales, et demandent la libération des détenus politiques. Revendications, carotte constitutionnelle et bâton de la répression, complicité des médias, développement du mouvement dans l’hexagone, tout sera passé au crible.

un militant du mouvement lors d’un rassemblement à Paris, le 2 octobre Le 17 février dernier, un mois après les manifestations de Tunis et du Caire, le Maroc s’ébroue. Lors d’une conférence de presse au siège central de l’Association Marocaine des Droits Humains, les représentants d’un mouvement qu’ils nommeront « du 20 février » détaillent leurs revendications : – La promulgation d’une constitution démocratique qui traduit la volonté populaire véridique – La dissolution du gouvernement et du parlement et la constitution d’un gouvernement de transition provisoire pour exécuter la volonté populaire – Une justice indépendante et intègre – Le jugement des personnes impliquées dans les malversations, dans l’abus de confiance et dans le pillage des biens de la nation – La reconnaissance de la langue amazigh en tant que langue officielle à côté de la langue arabe et donner l’intérêt aux particularités de l’entité marocaine tant en ce qui concerne la langue que la culture et l’histoire – La libération de tous les détenus politiques, des détenus d’opinion et le jugement des responsables de ces actes répressifs – Garantir les conditions d’une vie décente et surtout en ce qui concerne l’intégration immédiate et globale des enchômagés dans les structures de la fonction publique, la garantie d’une vie décente en mettant fin aux causes de la cherté de la vie et par l’augmentation du salaire minimum, et la garantie de l’accès de tous les citoyens aux services sociaux et l’amélioration de leur rendement

Une réforme constitutionnelle qui ne convainc pas Les manifestations se multiplient toutes les semaines dans les grandes villes marocaines. Le roi du Maroc, Mohammed VI, annonce alors le 9 mars une « réforme constitutionnelle globale », ainsi qu’un référendum. Le monarque déclare son « engagement ferme à donner une forte impulsion à la dynamique réformatrice profonde en cours ». Il annonce également la prochaine formation d’une commission ad hoc pour la « révision de la Constitution », réformée pour la dernière fois en 1996. Sont notamment en jeu le statut du premier ministre, qui deviendra « chef d’un pouvoir exécutif effectif » et celui des partis politiques, qui verront leurs pouvoirs « renforcés ». La réforme constitutionnelle prévoit « un gouvernement élu, émanant de la volonté populaire exprimée à travers les urnes et jouissant de la confiance de la majorité à la Chambre des représentants ». Le 17 juin, le roi appelle à voter « oui » au référendum et annonce une série de mesures pour renforcer le pluralisme, les droits de l’homme et les libertés individuelles, ainsi que l’indépendance de la justice. La France applaudit, le peuple marocain semble conquis : le référendum du 1er juillet se prononce à une écrasante majorité pour le « oui », à plus de 98%, selon les déclarations du ministre de l’intérieur marocain, Taib Cherkaoui. Il annonce également un taux de participation de 72,65 %.

Mais Yasmina Mabrouk, militante du mouvement du 20 février Paris/Ile de France, exprime son scepticisme concernant la réforme : « avec un score de 98% à la Ben Ali, le régime a voulu faire du référendum un plébiscite. Nous boycottons la réforme car elle est loin de répondre aux critères de base de la démocratie. La commission ad hoc qui a été chargée de penser la réforme a été nommée par le roi, elle ne représente pas la société civile. Pour nous, ni l’indépendance des institutions, ni la séparation des pouvoirs ne sont à l’ordre du jour. Cette réforme constitutionnelle qui va, selon nous, contre la liberté des peuples ». Tarik Zouhri, lui aussi militant du mouvement, estime également que les propositions du monarque ne vont pas dans le bon sens : « le roi a voulu par cette réforme court-circuiter notre mouvement. Mais il n’y a toujours pas d’assemblée constituante indépendante. L’article 1 stipule que le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale. Mais dans les faits, le roi concentre toujours les pouvoirs. Son statut religieux par exemple a été très renforcé. Par ailleurs, il peut dissoudre le Parlement, et le conseil du gouvernement ne peut se réunir qu’en sa présence. C’est de la poudre aux yeux. Le véritable destinataire de cette réforme n’est pas vraiment le peuple marocain qui ne voit aucun changement, mais surtout la communauté internationale, les Etats-Unis, l’Union européenne et la France notamment, qui a salué dès le lendemain de son annonce cette réforme, comme un grand pas vers l’avenir d’un Maroc démocratique ».

Dans le nouveau projet de constitution, le roi du Maroc reste effectivement « Commandeur des croyants et chef de l’Etat » et sa personne reste « inviolable ». L’islam reste la religion d’Etat. Le roi reste aussi le chef des armées et dispose du pouvoir d’accréditer les ambassadeurs et les diplomates. Yasmin Mabrouk dresse les perspectives : « le mouvement continue de s’enraciner socialement malgré les tentatives du pouvoir de nous discréditer, dans une véritable guerre d’image ».

La complicité des médias Cette guerre d’image, comment est-elle vécue et ressentie par les journalistes au Maroc ? Roxane Pour Sadjadi, 25 ans, a été journaliste à Radio Méditerranée internationale, à Tanger, de l’été 2010 à l’été 2011. La radio diffuse au Maroc, en Algérie, un peu en Tunisie et en Mauritanie. Très connue, elle était il y a 30 ans la première radio privée du pays. Elle a été fondée sur la volonté commune de la France et du Maroc, le Maroc détenant 51% de cette radio et la France 49%, avec une bonne partie de fonds publics. Pour le printemps arabe, aucun problème pour traiter les évènements de manière journalistique. Mais dès que le vent souffle sur le Maroc, les règles changent, comme témoigne Roxane : « On voyait les manifestations, sous nos fenêtres. D’autres radios en parlaient, notamment Atlantic radio, à Casablanca. Nous, on restait très vagues. A l’approche du 20 mars, on savait qu’il allait y avoir de grosses manifestations. J’étais au flash info de l’après-midi et je devais demander à ma chef, avant qu’elle ne parte pour sa pause déjeuner, ce qu’il fallait dire ou ne pas dire, c’était comme ça pour tous les dossiers sensibles. Je la questionne, et elle me répond qu’il ne faut pas faire de zèle. Tout au long de ces manifestations, la consigne à la radio c’était : on attend le feu vert de la MAP (l’agence de presse marocaine). On recevait toutes les autres dépêches, l’AFP, Reuters, l’agence algérienne. On avait des témoignages, des revendications de manifestants, des chiffres. Et en parallèle, les dépêches de la MAP donnaient d’autres chiffres, elles éludaient complètement les violences policières, focalisaient sur les casseurs en marge des manifestations. Clairement, il fallait suivre la ligne de la MAP et oublier les dépêches de l’AFP et de Reuters ».

La journaliste affirme que certains médias tentent d’être libres, mais ils se comptent sur le doigt d’une main. Des magazines comme Telquel, des nouvelles radios comme Atlantic City. Mais c’est difficile : « Que ce soit à cause du mouvement ou même avant lui, beaucoup de médias contestataires ont été fermés, par asphyxie financière. Si ce n’est pas directement l’Etat qui ferme les vannes, ce sont les partenaires qui décident de stopper leurs financements du jour au lendemain, suite à des articles polémiques. J’étais dans l’une des principales radios du Maroc, la seule radio d’information continue du pays pendant plus de 25 ans. Et nous, nous ne pouvions pas parler librement ».

Hypocrisie ? Au Maroc, Internet est dans la plupart des foyers, ainsi que la télévision câblée et ses milliards de chaines, notamment étrangères, certaines couvrant le mouvement du 20 février. Les gens ont donc conscience que les médias marocains suivent pour la plupart la ligne éditoriale du Palais. Comment comprendre cette acceptation ? Selon la journaliste, « Le roi au Maroc, c’est le représentant de Dieu sur Terre. Quand il appelle à voter Oui pour la constitution, les gens vont voter oui. Voter non, c’est quasiment devenir mécréant. Au Maroc, l’impact du roi sur ses sujets est énorme. D’ailleurs, quand il se déplace, il y a des dépêches de la MAP, avec l’intitulé « activité royale ». Dans ces cas-là, tu es obligé de l’annoncer. Mohamed VI est un jeune roi, dynamique, apprécié par son peuple. Quand il passe dans les villes, les gens viennent en masse l’acclamer. Mon chauffeur de taxi là-bas, qui n’a pas 30 ans, m’a confié avoir pleuré lorsqu’il a vu le roi en chair et en os, à Tanger ».

La journaliste se souvient des débuts du mouvement : « On pouvait voir sur Facebook des pro-royalistes qui se mettaient une petite pastille sur leur photo de profil avec la tête du roi, comme pour afficher leur soutien au roi contre ces gens « qui veulent déstabiliser le royaume ». Au bord des routes, dans tout le pays, on pouvait voir de grandes affiches publicitaires qui montraient une main de fatma orange, avec écrit en arabe, à l’intérieur, la phrase : Touche pas à mon pays ! ». Elle se souvient aussi de la marginalisation des manifestants : « Après les manifestations, le paysage était parfois apocalyptique. J’ai vu le boulevard principal de Tanger saccagé le soir du 20 février, les feux rouges pliés en deux, les distributeurs automatiques cassés par terre, les vitrines explosées. Et le pouvoir, par médias interposés, a tenté de faire l’amalgame entre les casseurs en marge des manifestations et les contestataires du mouvement ».

Concernant la couverture médiatique du référendum et de la réforme constitutionnelle, les choses ne s’arrangent pas, comme le souligne la journaliste : « Le roi a appelé à voter oui, et à partir de ce moment-là, on a eu le texte sous les yeux. Il y avait aussi des petits livrets, du genre « La réforme de la constitution, point par point ». Le texte était bien trop long pour être résumé en un petit livret, bien sûr. A la radio, lors de chaque journal on prenait un point de la constitution et on le faisait expliquer par un expert. Bien sûr, non contestataire. Il n’y avait aucun contre-débat, ça allait toujours dans le sens du Palais. C’était plus une démonstration qu’un débat ». La journaliste se souvient d’une anecdote qui lui a rendu palpable la surveillance médiatique du Palais : « C’était à l’époque justement où on faisait les démonstrations de la constitution. Le texte parlait du roi qui gardait son statut de « commandeur » des croyants. J’étais au flash. Sans m’en rendre compte, j’ai utilisé le terme de « commandant » des croyants. A la sortie du studio, le directeur de l’information m’est tombé dessus. J’ai appris plus tard que le Palais, qui a son service presse bien rodé, avait appelé pour avertir de l’erreur et pour demander des explications. Pour moi, ce n’était qu’un mot qui avait fourché, mais pour eux, l’affaire était bien plus importante, il s’agissait de l’image du roi, il ne fallait pas la teinter d’autoritarisme militaire. Je pense que la radio a réussi à calmer le jeu en expliquant que je n’y étais plus pour très longtemps. J’ai quitté mon poste le 30 juin, la veille du référendum. »

Une répression violente 8 morts depuis le début du mouvement. En plus des cinq jeunes militants morts à El Hoceima, le 20 février, premier jour des soulèvements, deux militants ont trouvé la mort en juin dernier : Kamal Ammari, à Safi, et Karim Chaïb, à Sefrou. La semaine dernière, Mohamed Boudaroua s’ajoutait à la triste liste, membre de la coordination du mouvement de la ville de Safi, militant de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme et militant de la section locale des « enchômés » marocains. Il a été tué lors d’une charge de police pour déloger l’occupation des locaux de l’ANAPEC (agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences).

Le mouvement du 20 février Paris/Ile de France pointe le double discours du pouvoir : « quatre jours seulement après le discours du roi qui promettait l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives et la garantie de leur exercice, le 13 mars, des manifestants pacifiques à Casablanca ont été réprimés, et plusieurs jeunes arrêtés. Même scénario le 14 mars à Khouribga. En Avril, des jeunes ont été tabassés à Fès, Meknès et Tanger lors de rassemblements toujours pacifiques ». Le comité indique que les violences policières n’ont épargné ni paysans, ni ouvriers, ni étudiants, ni chômeurs, ni femmes ni même personnes âgées. Le 15 mai, la répression monte d’un cran à Rabat et à Mohammedia : « des jeunes ont été blessés, des jeunes femmes tabassées, d’autres arrêtés, et on ignore le lieu de leur détention. Le 18 mai, à Bouarfa, et à Tamellalt dans la province de Keläat Es-Sraghna, près de 400 agents de police ont procédé méthodiquement à la répression d’une grande manifestation de paysans ».

Le mouvement du 20 février continue cependant, tout en questionnant : « ces intimidations ne justifient-elles pas notre scepticisme quant aux réformes promises ? ». Le 2 septembre, l’Association Marocaine des Droits Humains publiait un rapport sur « les violations de droits humains dont ont été victimes les activistes du mouvement du 20 février et les organismes qui la soutiennent ». 40 pages listant toutes les atteintes aux droits de l’homme pour contrecarrer la désinformation relative à ces violations, utilisée par les médias officiels, et pour informer l’opinion publique nationale et internationale.

Ayad Ahram est arrivé en France en 83, bac en poche. Il est alors à l’UNEM (union nationale des étudiants du Maroc). Il rejoint par la suite le mouvement des défenseurs des droits de l’homme, et dès le 20 février, le mouvement du 20 février Paris/Ile de France. Son lien avec le Maroc est organique et militant. Le 2 octobre dernier, il était Place de Clichy à Paris, lors d’un sit-in de soutien à Mouad « El Haked », rappeur marocain engagé, emprisonné depuis le 9 septembre pour avoir participé au mouvement. Il témoigne de la répression subie au Maroc : « Nous avons un pouvoir au Maroc qui excelle en ce domaine, qui emprisonne, qui assassine, qui enlève pour empêcher toute voix dissonante de s’élever. Certains militants sont dans des centres de détention secrets qu’on ne connait même pas. Nous dénonçons ces emprisonnements, et nous réclamons la libération de tous les prisonniers politiques. Au Maroc, on trouve toujours un prétexte pour mettre un contestataire derrière les barreaux : Mouad El Haked, on lui reproche d’avoir agressé quelqu’un qui « contre-manifestait ». Ces contre-manifestants sont les « baltajis », qui sont en fait envoyés par les autorités. Leur rôle est de provoquer et d’intimider les manifestants pour essayer de conduire le mouvement vers une violence qu’il refuse depuis le début. On a toujours dit, depuis le 20 février, que le mouvement était pacifique ». L’artiste engagé va donc être jugé, et il risque gros. Il n’est pas le seul dans ce cas, comme en témoigne Ayad : « La répression touche tout le territoire marocain. Par exemple à Bouarfa, deux militants (un syndicaliste et un défenseur des droits de l’homme) qui soutenaient le mouvement ont été emprisonnés à la prison d’Oujda avec un groupe de 8 jeunes qui ont manifesté le 18 mai pour des revendications sociales locales. C’est quelque chose qui se répète un peu partout, dans toutes les villes et les villages. Le régime comptait sur le temps pour que le mouvement s’effiloche, mais rien n’y a fait. Alors le maghzen passe à une autre étape. Maintenant, à chaque manifestation, les autorités extirpent les leaders. C’était le cas de Mouad. Ils l’ont fait avec d’autres soutiens de Bouarfa, à Marrakech, à El Jadida, à Safi et ils continueront tant que le mouvement persistera ».

Le 2 octobre, alors que le soleil brille place de Clichy, les pensées et les chants des militants du mouvement s’élèvent donc pour Mouad « El Haked », ce jeune rappeur Casablancais de 24 ans dont le portrait s’affiche sur chacun en bandoulière. Une allocution lui rend hommage : « Son seul tort aura été d’avoir pris la parole dans ses chansons pour dénoncer la corruption à grande échelle et le désarroi qui gangrène les quartiers pauvres de sa ville. Les sujets qu’il aborde dans ses chansons sont fondamentaux pour notre société comme l’appel à l’éveil des consciences, la dénonciation du pillage des richesses nationales et le monopole de l’économie nationale au profit de certains. Il est le pourfendeur du modèle politique qui fait peu de cas de la citoyenneté et du bonheur de ses ressortissants, de la machine à asservir le peuple au lieu de le servir. Il a choisi d’être citoyen au lieu d’être sujet, de se lever au lieu de se taire. Il a choisi de parler et de dire ce qu’il pense librement. Mouad est un artiste rêveur, symbole d’une jeunesse désenchantée, qui se pose des questions quant à son avenir, qui se cherche dans une société qui fait peu de place aux honnêtes gens. Mouad manie un langage simple qui parle au commun des mortels, mais qui fait trembler dans les hautes sphères. « Que dieu bénisse le peuple » est une phrase passible d’une peine de prison incalculable, c’était encore passible de la peine capitale il y a 10 ans, et pourtant c’est l’un de ses refrains préférés. En vérité, il a été arrêté parce qu’il est comme nous, ici présents. Nous revoici aujourd’hui, au début du mois d’octobre, dans la rue, nous jeunes marocains, hommes et femmes, pour opposer notre force à la volonté du pouvoir de casser le mouvement qui est à l’origine d’un espoir pour les générations à venir ».

Le mouvement et ses coordinations en France Tarik Zouhri écoute l’allocution, puis applaudit bruyamment. Il est présent lui aussi, place de Clichy. Tarik a vécu à Fès, au Maroc, jusqu’à ses 18 ans, puis il est venu en France pour étudier, et s’est installé après avoir trouvé un travail. Pourtant, il se sent partie prenante de ce combat pour un autre Maroc : « La fibre marocaine continue à vibrer en moi, je suis de ce combat puisque c’est celui de tous les marocains pour la démocratisation ». Pour lui, le mouvement cristallise une lutte sociale profonde que vit le peuple marocain depuis plusieurs années, notamment sur le volet des droits de l’homme : « le peuple a toujours milité depuis l’indépendance pour la démocratie, même sous la dictature hassanienne, et le mouvement reflète aussi la lutte acharnée du peuple pour une justice sociale et économique ».

Pour lui, l’objectif du mouvement sur le territoire français est double : « d’abord, c’est un objectif informatif. On essaie d’informer la communauté marocaine en premier lieu, et partant de là toute l’opinion publique française et étrangère, sur ce qui se passe au Maroc. On tente de montrer la véritable image du pouvoir monarchique marocain. C’est un combat continuel et disproportionné face à la propagande du maghzen. Sur Paris/Ile de France, on est une petite cinquantaine d’actifs, et une centaine de personnes nous suivent régulièrement pour les manifestations. Avec des mobilisations comme ce sit-in artistique, avec des chanteurs et des poètes, on essaie de mobiliser de nouvelles personnes, pour que le mouvement monte en puissance ».

Soumia El Marbouh libère toute la puissance de ses cordes vocales en hommage à Mouad. Elle a 30 ans, et vient de Lille avec d’autres militants du comité de soutien lillois pour participer au sit-in Place de Clichy. Surprenant, elle a pris connaissance du mouvement du 20 février par les anti-févristes : « Sur leur profil Facebook, il y avait « tous contre le 20 février ». J’ai cherché ce que c’était et je suis tombée sur la première vidéo du mouvement. Honnêtement, j’ai eu les larmes aux yeux. Je me suis dit ça y est, c’est notre tour, le début de notre combat pour la démocratie ».

Soumia est née en France, mais elle a grandi au Maroc, jusqu’à ses 18 ans. Elle vit aujourd’hui ici, depuis la fin de ses études. Elle retourne souvent l’été au Maroc, et pour elle, il est clair que la réforme du roi, sur le terrain, ne prend pas : « Il faut aller sur place pour se rendre compte que la réforme ne signifie rien. Je suis partie un mois là-bas, et contrairement à quelques années, je n’ai trouvé personne pour me dire que tout allait bien. Tout le monde peste sur la situation, même si certains ont encore peur de passer à l’acte, ce qui se comprend ». Alors les militants d’ici tentent d’aider ceux de là-bas en faisant pression à l’internationale, comme l’explique Soumia : « le Maghzen fait du lobbying auprès de la France qui a ses intérêts au Maroc. Nous on essaie de montrer qu’il y a autre chose. Raconter, par exemple, la véritable histoire de Mouad, qui est de mon quartier au Maroc. On se mobilise pour lui et on dit aux français : c’est ça aussi le Maroc. Quid de la nouvelle constitution pour les détentions arbitraires d’opposants politiques ? »

Le 25 novembre prochain se tiendront les élections législatives au Maroc. Un scrutin de nouveau boycotté par les militants du mouvement. « On ne peut pas contester la mère des lois et participer à un vote législatif qui la cautionne » explique Tarik Zouhri. Mais au-delà d’une cohérence de positionnement, le mouvement dénonce un découpage de la carte électorale suivant les affinités partisanes : « de petites régions, qui comptent 30 000 habitants, mais où le PAM (parti authenticité et modernité, fondé par Fouad Ali El Himma, ancien ministre délégué à l’Intérieur et ami intime du roi, ndlr) est largement majoritaire, obtiennent 3 sièges au Parlement. Parallèlement, une ville comme Tanger, qui compte au bas mot 700 000 habitants, a le même nombre de siège. Etonnamment, c’est une région très contestataire » ironise le militant.

Les rendez-vous à venir

– Dimanche 23 octobre : manifestation. Départ 15h, parvis des droits de l’Homme (Trocadéro). Arrivée Ambassade du Maroc (rue le Tasse, Paris 16ème)

– Mercredi 9 novembre : conférence sur le thème « Le printemps arabe, d’une nouvelle libération nationale à une construction commune ? », avec une ouverture musicale du chanteur HK. 17h30, à la Bourse du Travail (Métro République)

http://www.med-in-marseille.info/spip.php?article1613

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