Le sable sale des plages des Canaries

Posted on octobre 10, 2011


Western Sahara Resource Watch :

Pendant des décennies, les îles Canaries ont importé du sable du territoire occupé du Sahara Occidental. Bien que les importations aient baissé pendant la crise financière, l’importation a augmenté considérablement au cours des 10 dernières années. Lisez l’histoire d’un vol qui n’est pratiquement jamais mentionné.

Le sable, la seconde matière la plus utilisée par l’humanité après l’eau, est abondant au Sahara Occidental, un territoire largement occupé par le Maroc depuis 1975.

C’est un matériau irremplaçable pour la construction, élément de base pour la fabrication de matériaux en béton, mortier et préfabriqué. Il est utilisé pour les pistes d’asphalte, les chemins de fer, mais aussi pour la construction de brise-lames. L’exploitation du sable est le plus important sous-secteur minier non énergétique en termes de production et de valeur générée. Il devance même les phosphates.

Contexte du trafic du sable du Sahara Occidental aux îles Canaries

La première cargaison de sable documentée du Sahara Occidental pour les îles Canaries remonte à 1955 (télécharger le dossier de presse en espagnol). Depuis lors, le cas d’importation le plus connu est celui du projet de plage « Las Teresitas ». Le sable volcanique noir a été utilisé pour les premières couches du brise-lames de « Las Teresitas », actuellement la plus grande plage artificielle au monde. Mais le sable volcanique était également assez rare et donc cher. Le Conseil de la ville de Santa Cruz de Tenerife a vite constaté qu’il était moins cher d’importer du sable du Sahara Occidental.

En 1971, le Conseil a prêté 50 millions de pesetas pour acheter du sable provenant du Sahara Occidental, une colonie espagnole à l’époque. Un an plus tard, environ 141.647 m³ de sable (environ 70.000 tonnes) est arrivé à « Las Teresitas».

Le 15 juin 1973, la plage de « Las Teresitas» a été déclarée ouverte au public. 25 ans plus tard, en 1998, la plage avait à nouveau besoin de 140.000 m³ de sable, cette fois pour  un coût d’environ 400 millions de pesetas financés par un Accord pour les côtes des îles Canaries signé la même année. En novembre 1998, la plage a été nivelée avec du sable sahraoui.

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Capture d’écran de la page Web des Autorités Portuaires faisant apparaître les origines du sable.

Ironiquement, pour de nombreux enfants réfugiés sahraouis qui participent au programme «Vacances en paix » sur les îles, leur premier voyage à la mer est sur une plage de sable provenant de leur patrie occupée.

L’envergure du pillage

Il n’y a aucune preuve de pillage de sable entre 1975 et 1991 – la période où l’Espagne a illégalement abandonné le Sahara, permettant au Maroc et la Mauritanie d’envahir le territoire, jusqu’à l’accord de cessez-le-feu négocié par l’ONU entre le Polisario et le gouvernement de Hassan II.

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Ce graphique représente seulement une petite fraction de cette exploitation silencieuse. Les données ont été collectées par la Plataforma por un Trabajo digno sin expoliar África sur leur page webwww.arenasaharaui.es.
En 2008, Western Sahara Resource Watch (WSRW) a commencé à surveiller le débarquement du sable provenant des territoires occupés. Le sable était stocké dans des silos à Tenerife (Proyecto DOVER SL) et à Las Palmas (GRANINTRA SA), avant d’être transformé en mortier ou ciment. WSRW note que l’origine du sable n’a jamais été spécifiée dans la chaîne de production.

« … Le mortier commercialisé par MOESCAN sur l’île de Fuerteventura, sous appellation ciments spéciaux des îles comme «MORTERE ESPECIAL ENLUCIDOS », est un mortier qui est composé de ciment de type CEM IV / A 32,5 (P) N UNE-EN 197-1:2000 et sable jaune d’Afrique obtenue via la société PROYECTO DOVER SL. Ces deux éléments sont sur la liste du marché de la Communauté européenne, et donc répondre aux critères décrits ci-dessous et aux exigences de la norme UNE-EN 13139. Par conséquent, nous les considérons comme appropriés pour la fabrication de mortiers … »

Ceci est un exemple des techniques de camouflage utilisées par les importateurs impliqués dans le trafic de sable du Sahara Occidental occupé. L’impunité est accordée par le gouvernement des îles Canaries, qui n’impose pas de contrôle de traçabilité sur les importations de matières premières en provenance d’un territoire en attente la décolonisation. Les autorités du port de Las Palmas et Tenerife (Ports d’État, Ministère du Développement, Gouvernement espagnol) ne publient pas les données. L’administration portuaire de Tenerife a expliqué à WSRW que cela était dû aux mises à jour de leurs systèmes informatiques.

sococimex_380.jpgDu fait de la crise de la construction en Espagne, le niveau de consommation de ciment a chuté jusqu’au niveau de 1989, paralysant les débarquements en 2010. Bien que l’utilisation du ciment ait peu à peu augmenté en 2011, le sable volé au Sahara Occidental est toujours importés pour la construction de grands complexes touristiques au Cap-Vert et à Madère. Pendant ce temps, la stratégie de financement  du Maroc a abouti à la construction d’une usine de ciment à El Aaiun, capitale du Sahara Occidental occupé, qui importe du clinker et produit localement du ciment. 

L’exploitation illégale du sable sahraoui se poursuit et reste une activité lucrative.

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