La quatrième commission a reprit son débat général sur la décolonisation après avoir entendu des pétitionnaires sur la question du Sahara Occidental

Posted on octobre 8, 2011


Nations Unies :

De nombreuses délégations estiment que le processus de décolonisation a pris un retard qui doit être comblé pendant la troisième Décennie d’élimination du colonialisme

La Commission des questions politiques spéciales et de la décolonisation (Quatrième Commission) a achevé, cet après-midi, l’audition de pétitionnaires sur la question du Sahara occidental. Elle a ensuite repris son débat général sur les questions de décolonisation.

Le représentant du Front Polisarioa,unenouvelle fois, défendu le droit du peuple sahraoui à décider démocratiquement et pacifiquement de son avenir. Il a exigé que le référendum promis aux Sahraouis, il y a de cela plusieurs décennies, soit organisé. Il s’agit de la seule issue possible à ce conflit, et elle est prévue dansle mandat donné par la communauté internationale à la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et endossé par le Conseil de sécurité des Nations Unies, a rappelé le représentant du Front Polisario, en soulignant que cette voie avait été acceptée par le Maroc.

Parlant de la répression violente qu’aurait exercée l’armée marocaine contre le camp sahraoui de Gdeim Izik en novembre 2010, le représentant s’est indigné du fait que la MINURSO n’a pas pu suivre les évolutions de la situation dans ce camp « parce que l’armée marocaine ne lui permettait pas d’y accéder ». « Comment se fait-il que la MINURSO soit la seule mission de maintien de paix, créée pourtant depuis 1978, dont le mandat ne prévoit pas une composante lui permettant de s’assurer du respect des droits de l’homme? » a-t-il demandé. Rejoignant ce propos, un autre pétitionnaire a averti que la répression systématique des manifestationssans violence des Sahraouis risquait de les pousser à se détourner de la voie pacifique du dialogue, de la diplomatie et de la coopération internationale, et à s’engager dans une voie plus violente pour mener leur lutte politique.

Au cours du débat général, de nombreux intervenants sont revenus sur la question du Sahara occidental, et sur l’urgence pour la communauté internationale de garantir le respect du droit à l’autodétermination, non seulement du peuple sahraoui, mais aussi de tous les peuples vivant dans les 16 territoires non autonomes encore existants. Les représentants du Nigéria et du Venezuela ont expliqué que leur pays avait d’ores et déjà reconnu diplomatiquement la « République arabe démocratique sahraouie », respectivement en 1984 et en 2003.

Concernant d’autres territoires, la délégation dela Jamaïque, parlant au nom des États de la Communauté des Caraïbes, a interpellé les puissances administrantes sur l’inertie observée dans le processus de décolonisation. Prenant l’exemple des îles Turques et Caïques, le représentant a indiqué que les pays des Caraïbes étaient indignés par les mesures prises par le Gouvernement du Royaume-Uni qui a levé les prérogatives du Gouvernement et du Parlement des îles Turques et Caïques, supprimé la tenue des élections dans le territoire, et a désigné, de manière unilatérale, un gouverneur qui ne fait rapport qu’aux autorités de Londres.

Sur cette question, comme sur celles des îlesFalkland/Malvinas, la représentante du Royaume-Uni a exercé son droit de réponse et a expliqué la position de son gouvernement. Elle a indiqué que le Royaume-Uni agissait dans ces territoires avec l’assentiment des populations. Concernant les îles Turques et Caïques, elle a dit que les mesures prises étaient provisoires et que des élections auraient lieu une fois certains aspects de la gouvernance du territoire assainis et revenus à la normale. Quant aux îles Falkland/Malvinas, ellea dit que la position du Royaume-Uni reflétait la volonté de la population du territoire.

La Quatrième Commission poursuivra son débat général sur les questions de décolonisation, lundi 10 octobre, à partir de 10 heures.

Audition de pétitionnaires sur la question du Sahara occidental

M. STEFANO VACCARI, Membre du Gouvernement local de la Province de Modena en Italie, a dénoncé la répression violente menée par les forces armées marocaines contre le « camp de la dignité » organisé par le « peuple sahraoui » à Gdeim Izik, près de El Ayoun, en octobre 2010. Ce type d’agissement de la part du Maroc est devenu « une pratique courante », selon lui, et vise à étouffer toute expression pacifique de contestation venant des Sahraouis. Cette attitude risque de pousser les Sahraouis à se détourner de la voie pacifique du dialogue, de la diplomatieetdelacoopération internationale, et à s’engager dans une voie plus violente pour mener leur lutte politique, a averti M. Vaccari. Il a lancé un appel à la Quatrième Commission et à l’Assembléegénérale pour qu’elles se penchent urgemment sur la question de la protection des droits de l’homme « dans le sahraoui territoire occupé », préconisant notamment que cette question soit inscrite dans le mandat de la MINURSO. Il a dénoncé le fait « que le Maroc refuse de reconnaître qu’il exerce une répression contre les Sahraouis. « Mais alors, comment se fait-il que des journalistes et des missions du Parlement européen ne soient pas autorisés à se rendre dans leszones occupées ?», a demandé le pétitionnaire. Pour lui, le Maroc ne saurait invoquer l’argument de l’intégrité territoriale, car « le Sahara occidental ne fait pas partie du Maroc, ni pour des raisons légales ni pour aucune autre raison, comme cela a été confirmé par la Cour internationale de Justice le 16 octobre 1975 ». M. Vaccari a plaidé par conséquent pour que le peuple sahraoui puisse enfin exercer son droit à l’autodétermination.

M. ANTHONY JEAN, de l’Association des amis de la République arabe sahraouie démocratique (AARASD), a indiqué qu’il est venu témoigner des évènements auxquels il a assisté en octobre dernier au « campement de la dignité et de la protestation de Gdeim Izik », qui ont marqué la plus grande mobilisation pacifique du peuple sahraoui depuis 35 ans de lutte, a-t-il précisé. Il a décrit « l’encerclement, par l’armée marocaine, par la construction d’une tranchée du camp, avec un seul point d’entrée et de sortie ». Il a accusé l’armée d’avoir brouillé les communications par téléphone, coupé l’électricité ; d’avoir assassiné le jeune Nayem Le Gareh, le 24 octobre, alors qu’il tentait d’entrer en voiture dans le camp.

Les revendications des gens à l’intérieur du camp (environ 20 000 personnes) étaient d’ordre économique et social tout en rappelant le cadre juridique du Sahara occidental comme territoire non autonome, a expliqué M. Jean. « D’interviews en interviews, je réalisais le courage de cette opération: comment un peuple opprimé depuis 35 ans, privé de ses droits fondamentaux, sous l’occupation d’un Gouvernement marocain usant d’une propagande à tous les niveaux, peut-il encore réaliser un acte citoyen de cette ampleur! », a déclaré le pétitionnaire qui a dénoncé le fait que « 21 prisonniers politiques sahraouis de ce camp sont toujours en détention après avoir subi de mauvais traitements ». Le camp lui-même a été « violemment démantelé par les autorités marocaines » le 8 novembre à l’aube, a indiqué le pétitionnaire, avant d’ajouter que les famillesdesvictimes de ces brutalités « ont fui à Laayoune où une intifada a éclaté », et qu’à ce jour, « le nombre de victimes sahraouies et marocaines reste inconnu ».

M gr JEAN ABBOUD a déclaré que l’Égliseetles États étrangers ne peuvent pas ignorer que l’AlgérieetleMaroc discutent actuellement de la réouverture de leur frontière terrestre, fermée depuis 1994, et discutent de la résolution des dossiers en suspens. Il a demandé à tous les pays de soutenir le projet d’autonomie proposé par le Maroc, qui « s’inspire des propositions pertinentes de l’ONU et s’appuiesur desnormes internationalement reconnues » ; d’encourager le processus de négociation entre les parties, en prônant unepolitiquede réalisme et de compromis; de soutenir l’initiative de paix et de coopération entamée par le Maroc et l’Algérie;etd’encourager les discussions entre « les deux pays frères » qui visent à la réouverture de leur frontière terrestre fermée depuis 1994.

M.AHMED BOUKHARI, Représentant du Front Polisario, a constaté à regret que le colonialisme n’avait toujours pas été éliminé en Afrique et que « son pays », le Sahara occidental, en était la preuve. Revenant sur l’assaut, lancé par les autorités marocaines, contre le camp sahraoui de Gdeim Izik en novembre 2010, il a indiqué qu’il s’est soldé par des morts, des blessés et des prisonniers. Il a regretté que la MINURSO n’ait pas pu suivre la situation dans ce camp parce que l’armée marocaine ne lui permettait pas d’y accéder. A cette occasion, il s’est indigné que la MINURSO soit la seulemission de maintien de paix, qui existe pourtant depuis 1978, dont le mandat ne prévoit pas une composante lui permettant de s’assurer du respect des droits de l’homme. « Pourquoi cette anomalie? Que veut cacher le Maroc aux yeux du monde? » a demandé M. Boukhari.

Cette question est d’autant plus urgente, selon lui, que l’histoire se répète depuis le 25 septembre dans la « ville occupée » de Dakhla. En dépit de tout cela, le Maroc a osé demander aux Etats Membres leur soutien pour obtenir un siège au Conseil de sécurité, a noté le pétitionnaire. Pour sa part, le Front Polisario n’a pas l’intention d’interférer dans les décisions des gouvernements souverains sur cette question, a-t-il ajouté. Le Polisario tient cependant à rappeler que le Front Polisario et le Maroc sont les deux parties à un conflit qui est inscrit à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, adit M. Boukhari. « Vous comprendrez les préoccupations légitimes que nous éprouvons de voir une partie au conflit siéger au Conseil de sécurité, alors que l’autre partie reste en dehors de l’ONU», a déploré M. Boukhari. « Le Sahara occidental reste une honte pour la conscience du monde », a déclaré le pétitionnaire, pour qui la seule issue possible à ce conflit reste la tenue du référendum d’autodétermination auquel a droit le peuple sahraoui, solution prévue par le mandat de la MINURSO, endossée par le Conseil de Sécurité et acceptée par le Maroc et le Polisario. M. Boukhari a indiqué qu’il avait fait part de la volonté du Front Polisario de reprendre les négociations à M. Christopher Ross, selon un calendrier qu’arrêtera le Représentant spécial du Secrétaire général. Nous optons pour cette attitude dans l’espoir de «pouvoir donner une chance aux options pacifiques». Toutefois, sans le soutien résolu des Nations Unies, une solution pacifique risque de ne plus être possible longtemps. « Nous avons attendu 35 ans pour que se tienne le référendum qu’on nous avait promis », a averti M. Boukhari.

M. STEFAN SIMANOWITZ, journaliste et écrivain, a déclaré qu’il s’est rendu à plusieurs reprises dans les camps de réfugiés sahraouis en Algérie. A cet égard,le pétitionnaire a rappelé l’importance des campagnes internationales de solidarité menées en faveur du Sahara occidental.

M. JEFFREY J. SMITH, du « Western Sahara Resource Watch », a centré son propos sur les ressources naturelles présentes au Sahara occidental, à savoir la pêche dans les eaux territoriales du Sahara occidental et les réserves de phosphates. Selon le pétitionnaire, la présence de ces richesses expliquent l’occupation du Sahara occidental par le Maroc. Il a regretté que le peuple du territoire ne puisse pas lui-même tirer bénéfice de ces ressources.

M. HASSAN OMAR HASSAN, du « Kenya National Commission on Human Rights », a rappelé la complexité de la question du Sahara occidental et a souhaité qu’une solution politique durable, basée sur l’emploi de moyens pacifiques soit trouvée. Le Maroc, a-t-il dit, a récemment adopté une nouvelle constitution. Cette constitution, qui a été adoptée à une très grande majorité, prévoit une charte des Droits universels de l’homme qui interdit toute forme de discrimination. Par ailleurs, le pétitionnaire a mis l’accent sur l’initiative d’autonomie proposée par le Maroc en avril 2007 et qui prévoit un projet de régionalisation avancé dont bénéficierait le Sahara occidental.

M. BELLALI NOUREDDINE, de l’Association Al Mostakbal, a rappelé les récents événements survenus en Libye et a dénoncé « ceux qui ont soutenu le gouvernement du dictateur libyen Mouammar Al-Qaddafi ». Le pétitionnaire a également déploré « la détresse qui règne dans le camp de Tindouf » et s’est demandé « de quoi les dirigeants du Front Polisario étaient faits. »

M. ULYSES SMITH, du « Bar Association of the City of New York », a expliqué que son ONG se consacre aux droits de l’homme et suit l’évolution de la situation decesdroits, notamment au Sahara occidental. Elle a mené une étude juridique sur l’utilisation des ressources naturelles du Sahara occidental, et un rapport sera présenté sous peu sur la question. Rappelant que les intérêts commerciaux du Sahara occidental sont surtout dans les domaines de la pêche, des phosphates et l’exploitation pétrolière, M. Smith a donné des détails sur les accords et contrats commerciaux ayant trait à ces activités. D’un point de vue juridique, il a conclu que « le Maroc pouvait utiliser ces ressources naturelles uniquement en coopération et avec l’accord du peuple sahraoui. » Les Nations Unies devraient enquêter sur le fait de savoir si le Maroc avait exploité les ressources naturelles du Sahara occidental, auquel cas l’a-t-il fait dans l’intérêt du peuple sahraoui et avec son aval?

M. JESUS LOZA AGUIRRE, du groupe « Paix et Liberté pour le Sahara occidental » des Parlements autonomes d’Espagne, a dénoncé les incidents de Gdeim Izik et plus récemment de Dakla. « Voila une population déracinée, sans emploi, sans ressources, qui fait part de ses frustrations de manière pacifique et dont la manifestation est réprimée avec violence », s’est indigné le pétitionnaire, pour qui, il est de plus en plus difficile de sortir de ce conflit qui n’aquetrop duré. ce stade, après 35 ans, a estimé M. Loza Aguirre, il est de la responsabilité de la communauté internationale de prendre l’initiative de présenter une solution aux parties. A cet égard, il a évoqué la proposition d’une souveraineté partagée à condition de savoir comment cela pouvait concrètement se traduire. Il appartient au Maroc d’accepter la décision du peuple sahraoui, qui pourrait opter pour une forme de Commonwealth, validée par un referendum, a estimé le pétitionnaire.

Publicités