Les camps sahraouis, « une urgence chronique »

Posted on juillet 5, 2011


UNICEF :

En 1976, l’Espagne s’est retirée du Sahara Occidental. Depuis, la Mauritanie et le Maroc estiment que ce territoire leur revient. 35 ans après, une partie des Sahraouis vit toujours dans des camps, dans la région algérienne de Tindouf. D’autres vivent dans la partie sous contrôle marocain. Sur le terrain, l’Unicef, ses partenaires et d’autres acteurs humanitaires apportent l’aide nécessaire à la survie de la population. Manuel Fontaine, le Représentant de l’Unicef en Algérie, répond à nos questions.

Quelle description pouvez-vous faire de la situation humanitaire dans les camps sahraouis ?

C’est devenu une urgence chronique, parfois oubliée, mais pas une urgence immédiate. Depuis tout ce temps, les camps de réfugiés sahraouis constituent un environnement assez pauvre. Sur place, l’Unicef intervient à partir de son bureau d’Alger aux côtés du PAM et du HCR*. Il y a toujours une personne de l’Unicef sur place, pour assurer le suivi de nos actions. Enfin, de nombreuses associations régionales, espagnoles et françaises se mobilisent aussi.

Les gens qui vivent dans les camps sahraouis ont le statut officiel de réfugiés depuis le milieu des années 70. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas eu de solution politique au problème. Sur le terrain, les humanitaires font donc ce qu’ils peuvent. D’après les autorités algériennes, les camps de réfugiés sahraouis regroupent 165 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, les rations alimentaires sont distribuées à 125 000 d’entre eux. Et parmi eux, le HCR estime que 90 000 sont particulièrement vulnérables.

Sinon, pour ce qui est des revenus, la diaspora sahraouie envoie de l’argent aux familles sur place, et le HCR donne des petites sommes aux médecins, aux enseignants…Des familles espagnoles envoient aussi de l’argent. De plus, à travers certaines ONG, des touristes prennent sur leurs congés pour venir aider….Enfin, tous les ans, un festival musical est organisé à Tindouf, au profit des camps. Mais les fonds manquent, pour certains travaux d’infrastructure, par exemple.

Comment ces camps sont-ils approvisionnés en eau potable ?

Deux camps sur quatre sont équipés en puits. Mais la plupart de l’eau provient de camions citernes. C’est le Haut-Commissariat pour les Réfugiés qui se charge de la distribuer. Lors des distributions, chaque foyer vient prendre de l’eau et approvisionne ses propres petits réservoirs. Le problème, c’est que ces réservoirs s’oxydent vite, et cela peut avoir des conséquences sur la santé.

Quelles sont les actions majeures menées par l’Unicef sur le terrain ?

Dans le secteur de l’éducation, notre mission consiste surtout à distribuer du matériel destiné au jardin d’enfants, à l’école primaire et au collège.

Entre 8 et 12 ans, l’été, les enfants partent souvent quelques semaines en Europe, surtout en Espagne, parfois en France. Pendant leur séjour, ils bénéficient de l’aide des familles qui les accueillent, de soins médicaux de base (dentiste, lunettes…) Il n’est pas rare que les enfants sahraouis quittent les camps à l’âge de 14-15 ans, pour étudier ailleurs en Algérie. Il n’y a qu’un seul  lycée sur les 4 camps. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes sahraouis vont au lycée et poursuivent leurs études à l’université. Mais de retour aux camps, ils font face à une grande frustration car les perspectives manquent. Du coup, beaucoup cherchent un emploi en Europe.

En termes de santé, l’engagement de l’Unicef auprès des Sahraouis se traduit notamment par une vaccination de routine. Tous les ans, notre organisation fournit 130 000 doses de vaccins (ndlr : rougeole, la coqueluche, le tétanos…). Depuis quelques années, l’Unicef a repris le système de vaccination dans les camps, car tous les enfants ne bénéficiaient pas de la totalité de la couverture vaccinale. Par le passé, le personnel médical manquait de formation et bien souvent la chaîne du froid n’était pas respectée pour conserver correctement les vaccins. À présent, tous les enfants disposent d’un carnet de santé où la vaccination est répertoriée. Et en parallèle à la vaccination, nous essayons de mettre en place un programme de santé mère-enfant.

À quoi ressemble le quotidien pour ce peuple du désert ?

La vie quotidienne est rythmée par le soleil. Il y a peu d’électricité. Il fait très chaud en milieu de journée, surtout l’été, et très froid la nuit et au petit matin en hiver. Les réfugiés sahraouis essaient de rester actifs. Ils ont des rôles administratifs ou travaillent dans le secteur de l’éducation et la santé, font certains travaux ou tiennent des petites boutiques et vendent des produits de première nécessité. Certains travaillent dans la ville de Tindouf, d’autres se déplacent dans la région.

Quels sont les enjeux auxquels l’Unicef va faire face dans cette région dans les prochaines années ?

Le principal enjeu à résoudre, mais qui ne tient pas à nous, c’est la situation politique. En attendant, le travail humanitaire doit continuer. Beaucoup de femmes et d’enfants vivent là et ils ont les mêmes droits que nous. Il faut les respecter et ne surtout pas interrompre notre mission. C’est pourquoi, l’Unicef doit continuer à mobiliser des fonds.

*PAM : Programme alimentaire mondial                                                                                                    UNHCR : Agence des Nations unies pour les réfugiés