Le tapis de sable

Posted on mai 5, 2011


GuinGuinBali :

CETTE SEMAINE DÉMARRE, À TINDOUF, LA HUITIÈME ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU CINÉ DU SAHARA

NACHO PARA, 02/05/2011

C’est sans doute une mauvaise nouvelle que le Festival International de Ciné du Sahara en soit à sa huitième édition. Cela signifie que 180 000 Sahraouis continuent, un an de plus, attrapés dans la Hamada, au sud-est d’Algérie, dans le plus rocailleux, poussiéreux et infernal des déserts.

Pour un festival tel que le FiSahara, né avec la vocation de mourir, la bonne nouvelle serait que les réfugiés rentrent à la terre que le Maroc leur avait arrachée en 1975, et qu’il ne faudrait plus organiser d’autres festivals, ni emmener des acteurs, directeurs et chanteurs pour servir comme haut-parleurs de la cause, ni organiser des ateliers, ni projeter des films à la belle étoile, ni signer des manifestes, ni montrer des courses de chameaux pour le plaisir du touriste solidaire. Plus de stars du ciné espagnol sur le tapis de sable.

Ce sera sans doute une mauvaise idée, qu’en 2011, une autoroute parfaitement goudronnée vous mène depuis l’aéroport algérien de Tindouf jusqu’à l’entrée du camp de Dajla. Il y a quelques années, quand arriver jusqu’à Dajla était une odyssée où voire des gens mouraient, immobilisés par une simple panne et suffoquées de soif et de chaleur, l’espoir de sortir de ce lieu grouillait parmi les Sahraouis. D’un tel endroit on ne devait que sortir. Aujourd’hui, l’autoroute imposante, qui traverse le néant jusqu’à Dajla, symbolise justement le contraire : le désespoir. “Si quelqu’un a fait des travaux sur 200 kilomètres à travers les dunes jusqu’aux fins fonds du monde, c’est qu’il a l’intention de nous garder ici pour bien longtemps”, pense la plupart des jeunes sahraouis.

Mais non, en réalité, c’est une bonne nouvelle que la huitième édition du FiSahara – événement que la population attend tous les ans comme si c’était la première fois – redémarre aujourd’hui dans l’oasis de Dajla. Il se peut que le FiSahara ne les fasse pas sortir de ce trou, mais il les fait sortir de la monotonie. Et ça, là-bas, c’est beaucoup. Loin du possible et de la géopolitique, les habitants des camps pourront de nouveau profiter de films en plein air, avec le public assis sur le sable et les bandes projetées sur un camion. Ils oublieront, une semaine durant, leurs tribulations et ils danseront aux sons du rappeur El Chojín, star invitée pour la fermeture de cette édition. Avec le volcan du Maghreb en pleine éruption et l’apathie apparente du Polisario au moment de profiter de cette vague révolutionnaire sur laquelle ils étaient déjà en avance, les tables rondes promettent d’être controversées et juteuses. Pour cela, le FiSahara sera toujours une bonne nouvelle. Tant qu’il y aura des caméras, les Sahraouis combattront l’oubli et continueront de réclamer leurs droits légitimes.

Parmi les films projetés du 4 au 8 mai sur l’Écran du Désert, certains grands vainqueurs des derniers Goya, tels que Pa negre, También la lluvia (Aussi la pluie), Entrelobos (Entre loups) et Los Ojos de Julia (Les Yeux de Julia), ainsi qu’un paquet de courts-métrages de la thématique sahraouie tels que Hammada, El Pulso del desierto (Le Pouls du désert), Al-Yidar (Le Mur) et Territorio libérado (Territoire libéré). Cette année, le pays invité est le Vénézuela.

La vraie bonne nouvelle est surtout la récupération de José Taboada, alma mater du festival et co-réalisateur, avec Willy Toledo, de Javier Corcuera. Sauf surprise de dernière minute, il manquera cette année l’éclair médiatique de Javier Bardem. La présence d’acteurs tels que Carlos Bardem, Luis Tosar, Alberto Amman, Nora Navas, Miguel Ángel Silvestre, Joan Cornet, Cecilia Gessa et José Manuel Seda, en plus du réalisateur Gerardo Olivares, est confirmée. Probablement, le festival a besoin d’un retour à l’esprit agitateur qui a vu sa naissance. Inviter la jeunesse sahraouie à ne pas se conformer, à questionner ses propres structures, à exprimer ses aspirations au moyen du septième art. L’inauguration, le 27 février 2010, de l’École de Cinéma dans le camp est un grand pas vers l’avant. La vraie mauvaise nouvelle serait de se résigner. Surtout maintenant.

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