La France ne peut défendre les droits de Libyens tout en niant ceux des Saharawis

Posted on avril 24, 2011


Francesco Bastagli, ancien Secrétaire Général adjoint de l’ONU et représentant spécial pour le Sahara Occidental :

« Dans les prochains jours le Conseil de Sécurité renouvellera le mandat de la Mission des Nations Unies pour l’ Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental (MINURSO). Ce renouvellement est aussi l’occasion de donner à la mission le pouvoir de surveiller les droits de l’homme, tel que le font toutes les autres missions onusiennes de maintien de la paix.

Au mépris de l’objet et du nom même de la MINURSO, 36 années après le retrait précipité de l’Espagne et l’occupation illégale du territoire par le Maroc, les Sahraouis sont toujours privés de leur droit à l’autodétermination inscrite dans la Charte des Nations Unies. Alors que 180.000 réfugiés sahraouis vivent une vie difficile dans le désert algérien, la répression marocaine de la population dans le territoire se poursuit sans relâche. Récemment, cette répression a pris une tournure particulièrement violente avec l’assaut sanglant sur un campement où quelques 15.000 personnes revendiquaient pacifiquement des réformes socio-économiques et politiques. Les violations des droits humains par le Maroc au Sahara Occidental ont été maintes fois dénoncées par, entre autres, Human Rights Watch, Amnesty International, le Parlement européen et pleusieurs associations françaises de solidarité avec le peuple Sahraoui.

L’échec des Nations Unies à résoudre l’impasse politique sur l’autodétermination est aggravé par l’indifférence délibérée de l’organisation envers les droits des Sahraouis sous occupation marocaine. Le Conseil de sécurité pourrait remédier à cette défaillance en exigeant que la MINURSO, la seule présence internationale dans le territoire, surveille les droits de l’homme. La question a été soulevée au Conseil de sécurité l’année dernière quand l’Ouganda, l’Autriche, le Mexique et le Royaume-Uni, entre otres, ont indiqué leur disponibilité à remplir ce devoir humanitaire pour un peuple envers qui l’Organisation a depuis longtemps une obligation politique non satisfaite. Malheureusement, dans son soutien aveugle et routinier à l’occupation illégale par le Maroc, la France est intervenue au sein du Conseil pour éviter toute décision qui changerait le statu quo. S’appuyant sur son influence de membre permanent, la France s’est battue longuement et durement pour s’assurer que les mots même de “droits de l’homme” n’apparaissent pas dans le texte de la résolution du Conseil.

Quelle sera la position de la France sera cette fois-ci ? La France a maintes fois mis l’accent sur la protection des civils, les droits de l’homme et la démocratie en ce qui concerne la Libye, et la Côte d’Ivoire, Quand il s’agit de droits fondamentaux, naviguer entre les principes et la Realpolitik est particulièrement répugnant. La France ne peut défendre les droits de l’homme des Libyens et d’autres dans le monde arabe tout en niant ceux d’un peuple qui a souffert des décennies de domination étrangère et de répression. Alors que la situation des droits humains au Sahara Occidental se détériore, la position française au Conseil de Sécurité est devenue intenable. Il est grand temps pour Paris de s’engager dans un dialogue constructif avec les autres membres du Conseil pour veiller à ce que l’ONU établisse une présence permanente et indépendante au Sahara Occidental et dans les camps de réfugiés pour surveiller, protéger et défendre les droits humains de tous les Sahraouis. L’expérience montre que seule une présence régulière peut offrir les garanties minimales auxquelles les Sahraouis ont le droit de prétendre. Cet engagement devrait remplir l’une des obligations institutionnelles fondamentales de l’ONU à l’égard de tous les peuples non-autonomes. Cela permettrait également d’éviter qu’une frustration grandissante se transforme en troubles civils, avec des conséquences graves pour le Maroc et même pour toute la région du Maghreb. »
Traduction APSO.

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