L’Union Syndicale Solidaires rappelle quelques hauts faits récents de la police marocaine

Posted on avril 13, 2011


SOLIDAIRES n° 35bis, avril 2011 (extraits)
Maroc : répression à Casablanca…
Alors que des promesses de révision de la constitution et d’extension des libertés individuelles et collectives ont été annoncées, des citoyens faisant partie du mouvement du 20 Février pour le changement, subissent une répression systématique dans tout le royaume.
Exemple de cette répression, l’intervention sanglante qui a ciblé un rassemblement du mouvement du 20 Février à Casablanca le 13 mars ; ce jour-là, à 11 heures les forces de répression ont arrêté plus de 123 manifestants. Ces personnes seront relâchées au courant de la journée après avoir été tabassées et insultées. Le même jour, alors que des personnes s’étaient rassemblées devant le siège du Parti Socialiste Unifié pour demander la libération immédiate des manifestants détenus, dénoncer le retour des forces de répression, porteuses d’un projet de rétrécissement des libertés publiques et la permanence du Maroc de la matraque, vers 16 heures, une nouvelle intervention d’une violence inouïe a été opérée contre les manifestants . Bilan, 300 nouvelles arrestations, des blessures, des fractures et des cas de syncope. Les journalistes n’ont pas été épargnés. Nombre d’entre eux ont subi des agressions, des provocations et la confiscation de leur matériel de travail. Et dans une collusion ouverte avec ce régime tyrannique, des médecins urgentistes ont refusé (pour plusieurs blessés en état grave) la délivrance de certificats médicaux aux victimes des agressions policières.
Le « Maroc nouveau » qui avait manifesté sa volonté d’un changement profond, a confirmé aujourd’hui la permanence du passé, et de pratiques d’intimidation et de répression d’un mouvement pacifique au lieu d’apporter des réponses effectives à ses revendications. ATTAC condamne fermement les violences subies par les manifestants pacifiques de Casablanca, les intimidations, la répression de leur droit à l’expression par des rassemblements pacifiques et civilisés, et déclare :
 Nous exigeons la présentation devant la justice des agents des forces de sécurité impliqués dans la terrible répression des manifestants de Casablanca tout en exigeant l’indépendance et l’impartialité du pouvoir judiciaire.
 Nous exigeons la satisfaction des revendications du mouvement 20 Février, au lieu de vider ces demandes de leur contenu.
 Nous exigeons l’arrêt des campagnes répressives contre les militants des droits humains, politiques, syndicaux, associatifs et les journalistes.
 Nous condamnons l’assaut des forces de répression contre le siège du PSU et l’agression des membres de leur conseil national.
CASA après le discours du roi
 Nous condamnons et nous exprimons notre consternation vis-à-vis de la couverture médiatique biaisée de 2M de ces événements. Cette chaîne s’est transformée en porte-parole du ministère de l’intérieur. Photos et vidéos des participants au rassemblement ainsi que des journalistes constituent un démenti à la version diffusée par cette télé.
 Nous réaffirmons notre condamnation de la répression subie par les peuples Arabes de Libye, du Yémen, du Bahreïn… Nous condamnons toutes les tentatives de restreindre des libertés dans la région et nous affirmons notre soutien aux peuples dans leur marche vers la libération.
 Nous appelons le peuple marocain à participer activement aux marches populaires … et nous affirmons que la lutte continue jusqu’à la réalisation des justes revendications du mouvement du 20 Février.
Maroc : répression à Khouribga
Après un dimanche sanglant à Casablanca, ce mardi 15 mars ne l’est pas moins à Khouribga. En effet, vers 5 heures du matin, des policiers ont tenté de déloger par la force un important groupe de campeurs. Il se constituait en majorité de jeunes, soutenus par leurs familles, qui étaient devant le siège de l’Office Chérifien des Phosphates depuis plus de 3 semaines. Ceux-ci exigent leur intégration à l’OCP dans le cadre de la loi garantissant 70% de places pour les natifs de la région et les enfants de retraités de l’office en particulier.
khouribgainciden
Khouribga

Les violences qui s’en sont suivies sont dues à l’intervention très violente des forces de police. Après leur dispersion, les campeurs ont réinvesti le lieu du sit-in, accompagnés de leur famille. Une deuxième intervention des policiers (utilisation de gaz lacrymogènes, attaques envers femmes et enfants), a dégénéré en affrontements. On dénombre plusieurs pertes matérielles, de nombreuses interpellations, une centaine de blessés parmi les civils dont certains dans un état préoccupant.

Ce qui interpelle dans cette nouvelle, malheureusement habituelle et qui donne une preuve de plus que le pouvoir n’est pas prêt à abandonner ses méthodes d’un autre âge, est la tentative de mettre les manifestations sur le dos d’Al Adl Wal Ihssane. Ainsi, un responsable sécuritaire aurait déclaré à l’AFP que les participants du sit-in étaient « encadrés par des militants du mouvement islamiste Justice et bienfaisance ». Les autorités cherchent ainsi à donner aux manifestations populaires au Maroc une dimension islamiste, à l’instar de la couverture médiatique des évènements du 13 mars à Casablanca. Ceci représente une tentative claire de se dédouaner et de minimiser les exactions commises et la violence inouïe dont fait preuve la police marocaine.
Maroc : appel contre la répression envers
les cheminots de l’ODR
Devant le Parlement
La fédération SUD-Rail était présente au Forum Social Mondial de Dakar, en février dernier, pour y organiser, avec le Réseau Rail Sans Frontière, deux ateliers, dont un sur la répression antisyndicale. Lors de cet atelier est intervenue l’association Peuples Solidaires qui a proposé, à l’issue de celui-ci, de lancer un « appel urgent » en faveur des militants syndicaux de l’ODR qui subissent la répression antisyndicale. Créée en 2007 par des travailleurs/euses et syndicalistes qui défendent l’autonomie syndicale, le service public et refusent le clientélisme politique, l’Organisation Démocratique du Rail connaît la répression depuis quatre ans : licenciements abusifs, mutations arbitraires, retenues sur salaire, congés refusés, harcèlement moral…
En 2010 la solidarité exprimée par la fédération SUD-Rail avait permis de prendre un charge une partie du salaire du secrétaire général de l’ODR licencié par l’ONCF. SUD-Rail et l’Union syndicale Solidaires s’associent à la diffusion de cet « appel urgent » : il s’agit d’organiser un envoi massif de courriers (la précédente campagne de Peuples Solidaires a permis l’ouverture de négociations entre les salarié-e-s en grève et la direction d’une usine de médicament au Togo).
Chaque syndicat SUD-Rail et les organisations présentes au Comité national Solidaires ont reçu des exemplaires de cet « appel urgent » tiré au total à 13 000 exemplaires par Peuples Solidaires. Il se compose de deux cartes postales : l’une est à envoyer au ministre de l’Intérieur marocain pour dénoncer la répression, l’autre à l’ODR pour témoigner sa solidarité. Chacune des cartes postales doit être affranchie à 0,87 €. Le principe de cette campagne est que la popularisation internationale de la répression anti syndicale permet de dégrader l’image du Maroc, qui est une destination touristique importante et de témoigner directement de sa solidarité avec l’ODR. Il est essentiel que la diffusion de ce dépliant auprès des adhérent-e-s, des  travailleurs/euses, soit suivi de l’envoi des 2 cartes postales de cet appel urgent.
Cette campagne est aussi un point d’appui pour la campagne élargie à d’autres pays que SUD-Rail va lancer avec le Réseau Rail Sans Frontière contre la répression antisyndicale. En France, en Europe, en Afrique… mobilisons-nous contre la répression antisyndicale ! Soyons solidaires !
Maroc : les diplômés chômeurs manifestent à Rabat
Diplômés chômeurs tabassés ( Photo archives Google)
Depuis le 4 avril, l’Association Nationale des Diplômés Chômeurs du Maroc a lancé un mouvement national, avec comme mot d’ordre « se battre pour une politique nationale, démocratique et populaire sur la question du chômage ». Ce mouvement a été préparé par de nombreuses initiatives des sections locales de l’ANDCM tout au long du mois de mars, en lien avec les jeunes, les étudiant-e-s, les organisations syndicales,  associatives et politiques, et le Mouvement du 20 février.
Le 6 avril, des milliers de diplômés chômeurs, venus de tout le Maroc se sont rassemblés au siège de l’UMT pour aller manifester devant le ministère de la Justice. L’ANDCM considère qu’à travers ses propres luttes le peuple marocain doit « forger lui-même son destin » : « nous sommes considérés comme des moutons, des numéros, des zéros, ou des voix à manipuler pour des élections truquées. Il est temps de nous faire entendre, là où c’est vraiment utile : dans les rues de la capitale, pas dans les urnes ! Nous attendons des changements positifs : mais nous savons que rien ne changera si nous ne le faisons pas nous-mêmes ! ». Par ce mouvement reconductible, l’ANDCM réclame :
 Une politique nationale de l’emploi, démocratique et populaire.
 La légalisation de l’association.
 La vérité sur l’assassinat de Mustafa El Hamzaoui et la récupération de son corps.