Intervention de Mme Djimi Elghalia à Genève à la 16e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

Posted on mars 23, 2011



Mesdames et Messieurs bonjour.

Depuis l’annexion forcée du Sahara Occidental par le Maroc, le 31 octobre 1975, la population civile sahraouie aux territoires sous control Marocain vit toujours sous la terreur semée par les autorités marocaines à son encontre. Cette terreur s’est accentuée depuis 2005 après que la population civile sahraouie avait commencé à organiser des manifestations pacifiques réclamant le respect des droits de l’homme au Territoire non autonome, et en particulier le droit à l’autodétermination. C’est ainsi que :
Des dizaines des sahraouis on été arbitrairement arrêtés et condamnés par de lourdes sentences ; procès jugés inéquitables par les organisations internationales des droits de l’homme tel que AI, HRW, F L … Des centaines des citoyens sahraouis tabassés et torturés dans les commissariats, les locaux de la police et hors de la ville au désert où ils étaient laisser à leurs sorts .
Des centaines des maisons des sahraouis saccagées et leurs biens détruits et volés. Certains écoles et établissements scolaires se sont transformés aux sièges d’interrogatoire et d’intimidations des élèves sahraouis; là où la présence de la police est quasi permanente, ce qui a poussé un nombre des élèves à abandonner leurs classes au primaire et au secondaire à cause de la répression permanente.
Mesdames et Messieurs;
Le discours du Roi du Maroc Med VI, daté le 06 novembre 2009, a émis les lignes directrices devront encadrées dorénavant le traitement par les autorités marocaines; du dossier des droits de l’homme au Sahara Occidental. Ce discours donnait implicitement, aux services de sécurité marocaines , le feu vert pour resserrer l’étau sur les actions de défense des droits de l’homme au Sahara Occidental et leur justifiait l’intensification de la répression de toutes les formes de protestation pacifiques organisées par la population civile sahraouie. C’est ainsi que:
Le 08 octobre 2009 ; 07 défenseurs des droits humains ont été arrêté, après leur retour des campements des refugiés sahraouis .Des reports successifs de leurs procès ; ont été enregistrés avant que le tribunal militaire marocain ne se déclare ; un an après ; incompétent pour les juger; et enfin ils se sont différés devant un tribunal civil à Casablanca, attendant jusqu’à aujourd’hui la prononciation de leur procès. Plusieurs défenseurs sahraouis des droits de l’homme, des observateurs étrangers et les familles des détenus politiques sahraouis venus nombreux pour assister aux procès des 07 défenseurs sahraouis des droits de l’homme qui s’étaient déroulés le 15 octobre 2010, le 05 novembre 2010 et le 17 décembre 2010 au tribunal de première instance de Aïn Sbaâ à Casablanca au Maroc ont été intimidés, harcelés et attaqués violement par quelques avocats et des dizaines de civils marocains encadrés certes par les services de renseignements marocains .
Depuis le 23 février, Brahim Dahane président de mon association l’ ASVDH, Nassiri Ahmed membre du même association et Ali Salem Tamek vice présidente du CODESA ,considérés comme prisonniers d’opinion par l’A .I(Amnesty International) ,ces 03 parmi ces 07 défenseurs , mènent une grève de la faim ouverte pour revendiquer leur liberté inconditionnelle ou un jugement juste et équitable .
Des campagnes médiatiques chauvinistes véhiculant des messages de la haine et du racisme à l’encontre des civils sahraouis réclamant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ont été lancées par les milieux conservateurs marocains (hommes d’état, partis politiques, syndicats, société civile, presse écrite et audiovisuel).

Le 13 novembre 2009, les autorités marocaines avec complicité absolue du gouvernement espagnol, ont expulsé la défenseure des droits humains Aminatou Haidar à Lanzarote aux Iles Canaries où elle a mené une grève de la faim pendant 32 jours, un combat soutenu par les mouvements de solidarité et toute la société civile espagnole pour regagner son pays et sa petite famille.

Mesdames et Messieurs;
L’état marocain a intensifié la stratégie de la modification de la carte démographique du territoire du Sahara Occidental sous son control en le peuplant par des dizaines de milliers de civils marocains. La population sahraouie active qui est une minorité s’est trouvée alors souffrir du chômage alors que les emplois sont accordés en priorité aux marocains résidants aux territoires du Sahara Occidental.
Avec l’accumulation de ces facteurs cités ci-dessus, l’aggravation de la précarité des conditions de vie des civils sahraouis, l’émergence au sein de la population civile sahraouie d’un sentiment de déception, de perte de confiance dans les promesses faites à eux par les autorités marocaines quant à l’amélioration de leurs conditions économiques et sociales et l’indifférence affichée par la communauté internationale quant à la recherche d’une solution du conflit du Sahara Occidental garantissant la jouissance du peuple sahraoui de la pratique de son droit à l’autodétermination par le biais de l’organisation d’un référendum libre, équitable et impartial, il était d’une grande urgence pour la population civile sahraouie de se lancer dans des formes de lutte pacifiques sans précédentes. C’est ainsi qu’en signe de protestation contre les conditions socio-économiques précaires dans lesquelles elle vit; et contre les affres de la répression et la discrimination marocaine pratiquée à l’encontre du peuple sahraoui, un déplacement massif et collectif volontaire de la population civile sahraouie vers Gdeim Izik en dehors du périmètre urbain de la ville d’El Aaiun au Sahara Occidental a été enregistré le 10 octobre 2010. Des milliers de civils sahraouis ont quitté la ville pour dresser un campement qui étaient durant un mois surveillés par des hélicoptères et encerclés par un dispositif sécuritaire important et en particulier par des contingents de l’armée marocaine qui n’ont pas cessé de tabasser sauvagement les civils sahraouis tentant de regagner le campement, détruire leurs biens et imposer des restrictions quant à l’approvisionnement du campement en question en eau, nourriture et médicaments. Dans ces circonstances de quadrillage militaire, nous avons enregistré plusieurs victime dont le cas le plus grave est celui de la citoyenne sahraouie Khadijatou Banda; qui souffre aujourd’hui d’une paraplégie totale. Deux jours apres; le 24 octobre 2010, le mineur sahraoui ELGARHI ENNAJEM âgé de 14 ans a trouvé sa fin après avoir été criblé de balles par des éléments de l’armée marocaine. Les 05 jeunes sahraouis qui l’accompagnaient à bord d’un véhicule, ont été gravement blessés par balles et sauvagement torturés. Des convois des forces de la police et l’armée marocaines venant des villes marocaines ce sont vus affluer vers El Aaiun au Sahara Occidental depuis le 1ier jour de deplacement de la population civile sahraouie.
Depuis la monté des premières tentes, la presse et la classe politique marocaines n’ont cessé de véhiculer un message de la haine et du chauvinisme contre les civils sahraouis qui ont choisi de protester pacifiquement au désert, en dehors de la ville d’El Aaiun au Sahara Occidental.
Le lundi 08 novembre 2010, à l’aube, l’armée marocaine assistée par des hélicoptères militaires a organisé un assaut violent pour démanteler le campement. Durant cet assaut violent, les tirs par balles de caoutchouc, les bombes lacrymogènes et les canons de jet d’eau chaude ont été utilisés
contre les déplacés . Des centaines de civils sahraouis endormis, ont été sauvagement tabassés par les éléments de l’armée marocaine, des forces auxiliaires et de la gendarmerie royale marocaine. Des civils sahraouis ont trouvé la mort après l’assaut violent en question. Plusieurs femmes et enfants étaient traumatisés et ont traversé tous les 12 Km à pied sous la menace et le tabac des forces auxiliaires. Le bilan des victimes de ce crime est très lourd; des centaines des blessés parmi eux des blessés par balles; et d’autres sont tout simplement heurtés par des véhicules de ces services, alors que des centaines de civils sahraouis ont été arrêtés et férocement torturés et la majorité d’entre eux a été sauvagement violé; dont une vingtaine a été différé devant le tribunal militaire marocain à Rabat ; alors que plus de 160 autres, comparaissent devant la cours d’appel à El Aaiun, avec des chefs d’inculpation à caractère pénal et quelques uns ont été mis en liberté provisoire.
Après que l’armée marocaine ait semé la terreur à l’intérieur du campement, des milliers de civils sahraouis s’étaient évadés vers la ville d’El Aaiun au Sahara Occidental pour sauver leurs vies. Les blessés parmi les évadés n’avaient pas pu accéder aux soins aux hôpitaux, ceux arrêtés blessés étaient sauvagement torturés et mal traités au sein de l’hôpital militaire de la part des infirmiers, médecins et gendarmes gardiens.
Des milliers de tentes, leurs ameublements, et des dizaines de voitures laissés au campement quand les déplacés ont quitté le lieu, ont été détruits puis mis à feu par les éléments de l’armée marocaine. A l’arrivée des sahraouis évadés à El Aaiun, des manifestations réclamant le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et l’indépendance du Sahara Occidental, s’étaient éclatées dans la majorité des quartiers de la ville dont les habitants autochtones.
Aidés par des milices de civils marocains, les autorités marocaines avec toutes ses composantes (l’armée marocaine, la police marocaine, la gendarmerie royale et les forces auxiliaires) avaient sauvagement réprimé les manifestants sahraouis et criblés plusieurs d’entre eux par balles. Les maisons des civils sahraouis ont été saccagées par la police et les milices de civils marocains, et leurs meubles ont été détruits ou volés. Des dizaines de véhicules appartenant aux civils sahraouis ont été détruits puis brulés par ces milices marocaines.
Pendant un mois, toute la ville de El Aaiun au Sahara Occidental était contrôlée par des patrouilles de l’armée marocaine qui circulaient dans tous ses quartiers et protégeaient les éléments de la police marocaine qui avaient perquisitionné les habitations des civils sahraouis pour arrêter les jeunes sahraouis soupçonnés d’avoir participé aux manifestations.
L’armée marocaine qui avait utilisé des écoles comme quartiers généraux et lieux d’interrogatoires des civils sahraouis arrêtés avait imposé donc un quadrillage militaire total à la population civile sahraoui qui s’est trouvé pendant un mois sous un vrai état de siège. Pendant ce mois de quadrillage militaire, les journalistes surtout Espagnols et les observateurs étrangers étaient interdits de venir à El Aaiun au Sahara Occidental pour voir de près la situation alarmante des droits de l’homme enregistrée après le démantèlement violent du campement de Gdeim Izik.
Vu le quadrillage militaire, sécuritaire et médiatique qu’a connu la ville de El Aaiun au Sahara Occidental pendant un mois, les défenseurs sahraouis des droits de l’homme s’étaient trouvés dans l’impossibilité de pouvoir récolter toutes les informations sur les violations des droits de l’homme
commises par les autorités marocaines à El Aaiun au Sahara Occidental depuis le 08 novembre 2010 qu’avec difficultés. Mon association a pu établir son rapport sur l’événement ,que vous pouvez le consulter sur notre site web : http://www.asvdh.net
Le 23/12/2010, Le jeune Said Demberre a été tué par un tir de balle produit par un policier Marocain, depuis lors le défunt n est pas encore enterré et la famille réclame l’ouverture d’ une enquête juste et équitable.
L’ après midi du 25 février à Smara, Sahara Occidental ,un groupe des jeunes lauréats ,universitaires et diplômés chômeurs des deux sexes ont été manifesté pour réclamer leurs droits au travail .Les forces sécuritaires Marocaine ont été intervenues à leur encontre violement et mettaient fin au sit –in, en produisant un bilan d’une douzaines de blessés de deux sexes.
La nuit 25/26 février en parallèle avec le Festival de Dakhla, des quartiers des autochtones Sahraouis, connues par leurs militantismes étaient la cible d un assaut systématique, de la part des civils marocains sous les yeux des forces sécuritaire, cet assaut à causé des dégâts importants au niveau des citoyens blessés, des maisons incendiés, des voitures cassées et brulées et des boutiques saccagées et volées. Les sahraouies de Dakhla ont fait un sit –in pour dénoncer cette violation flagrante, des dizaines des représentants de différents conseils locaux ont présenté leur démission comme geste de protestation contre ces interventions brutales et racistes contre les sahraouies civiles dépourvus de toute protection.
Le 02 /03/2011, une intervention brutale à El Aaiun a était produite contre des centaines des Sahraouies civiles la plus part d’entre eux étaient des femmes, qui manifestaient pour revendiquer leurs droits fondamentaux et la liberté des prisonniers politiques Sahraouis.
Tous ceci se passe loin des yeux des médiats vu l’embargo qu’oppose la Maroc à la région.

Par leurs interventions barbares et leur encadrement des milices de civils marocains pour réprimer la population civile sahraouie, les autorités marocaines nourrissent le chauvinisme au sein de la population civile marocaine et alimentent certes la haine et la vengeance entre les marocains et les sahraouis, ce qui va certainement déstabiliser la paix dans la région. Malgré la montée du chauvinisme marocain depuis 1999 et la répression atroce qui l’accompagne, la population civile sahraouie a continué de mener une résistance pacifique et non violente. Dans les annales de la lutte des peuples pour exiger le respect de leurs droits légitimes, la population civile sahraouie faisait l’exception. Elle n’a jamais eu recours aux actions violentes ou à caractère terroriste ni contre les autorités marocaines ni contre les civils marocains résidants au territoire du Sahara Occidental sous contrôle marocain. Cette population civile a toujours préféré compter sur la légalité internationale et le soutien de la communauté internationale pour faire exiger le respect de ses droits légitimes. C’est une population civile qui a choisi une lutte PROPRE. Elle est porteuse d’un message de PAIX
et de TOLERANCE. Mais malheureusement face à l’indifférence affichée par la communauté internationale quant aux appels des défenseurs sahraouis des droits de l’homme l’appelant à faire des pressions sur le Maroc pour qu’il respecte les droits de l’homme au Sahara Occidental, les jeunes sahraouis désespérés ont riposté violement contre les autorités marocaines et tous symbole de l’Etat Marocain à la suite de démantèlement du camps de Gdeim Izik. C’est malheureux de voir la jeunesse de mon pays recourir à la violence pour exiger les droits légitimes du peuple sahraoui. Ça sera également malheureux de voir la communauté internationale continuer d’afficher son indifférence par rapport à l’exigence de la résolution du conflit du Sahara Occidental conformément à la légalité internationale. J’étais touchée aujourd’hui quand le haut commissaire des droits humains, dans son rapport annuel n’ a pas demandé l’ouverture d’une enquête à la suite des événements à la suite de Gdeim Izik.
Dans ce cadre, pour se prémunir contre toute éventuelle guerre civile pouvant se déclencher entre les civils sahraouis et les milices de civils marocains encadrés par les autorités marocaines et parer à toutes éventuelles situations de désespoir qui peuvent pousser mes compatriotes sahraouis ; à recourir, pour exiger la garantie de leur droit à l’autodétermination, à des actions plus violentes comme celles qui avaient secoué cette année la Tunisie et l’Egypte , En tant que citoyenne sahraouie, maman et vice président de l’ASVDH ; j’interpelle les peuples, la classe politique, la société civile et les intellectuels du monde entier, sur la situation alarmante des droits de l’homme au Sahara Occidental et je les appelle solennellement à faire des actions politiques concrètes et à exercer d’avantage des pressions sur le gouvernement Marocain pour qu’il assume sa responsabilité moral et juridique vis-à-vis du peuple sahraoui et contribuer efficacement en sa qualité
– la mise en œuvre, par l’ONU, d’une commission internationale chargée d’enquêter sur les évènements sanguinaires survenues le 08 novembre 2010 au campement de Gdeim Izik et à El Aaiun sous contrôle Marocain et sur toutes les violations des droits de l’homme commises par les autorités marocaines à l’encontre des civils sahraouis depuis l’annexion forcée du Sahara Occidental par le Maroc.
Merci à vous toutes et tous.
– la protection ; par la communauté internationale ; des civils sahraouis contre les affres de la répression des autorités marocaines et les milices de civils marocains qu’elles encadrent ;
– l’élargissement ; par le Conseil de sécurité de l’ONU ; du champ des compétences de la MINURSO au volet de la surveillance de la situation des droits de l’homme au Sahara Occidental ou l’attribution de cette compétence à un mécanisme de l’ONU ;
– la mise en œuvre et l’application pour le Sahara Occidental des conventions internationales relatives au pillage et l’exploitation des ressources naturelles et halieutiques des territoires non autonomes, la création d’un mécanisme de l’ONU pour lui attribuer la compétence du contrôle de ces ressources ou l’attribution ; par le Conseil de Sécurité de l’ONU ; de ce contrôle à la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental « MINURSO » ;
– la résolution du conflit du Sahara Occidental conformément à la légalité internationale et ce en respectant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

ASVDH