Mouvement du 20 février : « le roi nous a menti »

Posted on mars 18, 2011


GuinGuinBali :

ZINEB EL RHAZOUI

Rabat 15/03/2011
Peu de temps après le discours de Mohammed VI qui promet liberté et démocratie, les forces de l’ordre ont violemment réprimé une manifestation pacifique à Casablanca, faisant des dizaines de blessés, dont des enfants en bas âge.

La mobilisation du 20 mars prochain est plus que jamais maintenue. Quatre jours seulement après le discours du mercredi 9 mars de l’héritier d’Hassan II promettant une réforme constitutionnelle et un « élargissement » du champ des libertés individuelles et publiques, l’Etat marocain a clairement démontré que les promesses royales resteraient lettre morte.

Les manifestants qui ont répondu à l’appel de la coordination du Mouvement du 20 février à Casablanca dans la matinée du dimanche 13 mars ont fait l’objet d’une violence inégalée depuis le début des protestations le 20 février dernier. « Le roi fait un discours, et vous vous permettez de protester ! », criaient les forces antiémeutes aux « insolents » qui ont osé exprimer leur mécontentement face à une réforme insuffisante et de surcroit octroyée par le haut.

Rassemblés dans un premier temps sur la place Mohammed VI, les manifestants ont violemment été dispersés et poursuivis jusque dans les ruelles du centre-ville de la capitale économique. Ils se sont par la suite regroupés devant le siège du Parti Socialiste Unifié (PSU), sis rue d’Agadir, qui sert de QG à la coordination du Mouvement du 20 février à Casablanca. Vers 14h, les forces de l’ordre ont tenté de prendre d’assaut le bureau du parti, mais elles en ont été empêchées par les manifestants, occasionnant des dizaines de blessés, dont certains dans un état grave. Une vidéo  tournée à l’intérieur des locaux du PSU montre des blessés recevant les premiers soins et une altercation avec les forces antiémeutes devant la porte d’entrée du siège.

Une seconde vidéo filmée à la sauvette montre un impressionnant déploiement des forces antiémeutes devant le siège du parti et des manifestants gisant inertes sur le sol après avoir été tabassés par la police. Les dirigeants du PSU qui tenaient ce jour-là leur assemblée générale ont également été ciblés par les violences policières, notamment Mohammed Sassi, secrétaire général adjoint du parti et Mohammed Hafid, membre du bureau politique.

Un article publié sur le site de France2 rapporte le témoignage du journaliste Hassan hamdani présent sur place : « J’ai vu une femme enceinte et des jeunes filles sauvagement tabassées par la police. C’était d’une rare violence ». Les forces antiémeutes n’ont en effet pas fait dans la dentelle. Rihab Mahsoune, une adolescente âgée de 13 ans qui habite dans le quartier, en a fait les frais. Sortie acheter du pain, elle a violemment été prise à partie par des policiers, comme elle explique en pleurs dans cette vidéo. Elle a déclaré au site d’information Goud que ces derniers lui ont cassé une dent et fracturé la mâchoire, et que ses parents comptaient porter plainte. Le Dr. Rachid Noreddine, médecin urgentiste à l’hôpital Averroès de Casablanca et membre du PSU, a rapporté au site d’information Lakome que des dizaines de blessés, dont des enfants en bas âge, ont afflué vers les urgences et que certains d’entre eux se trouvent dans un état grave. Il a notamment rapporté le cas d’un enfant de 7 ans, qui comme Rihab Mahsoune, a été pris pour cible par la police alors qu’il sortait faire une course dans le quartier.

Les journalistes présents sur place ont été particulièrement visés par les violences policières, comme en témoigne Ahmed Najim, ancien journaliste de l’hebdomadaire arabophone Nichane, fermé pour cause d’asphyxie publicitaire, qui travaille aujourd’hui pour le site Goud. « Ils ont confisqué mon appareil photo et ma carte de presse, ils ont effacé les photos que j’avais prises tout en traitant les manifestants de fils de P… ». A. Najim rapporte dans son témoignage le passage à tabac d’un journaliste du quotidien arabophone Al Ahdath Al Maghribiya, et les insultes proférées par des policiers à l’encontre d’un journaliste de l’Observateur du Maroc : « On va te montrer ce que c’est que d’être journaliste espèce de fils de P… La liberté d’expression, tu te la fous au C… Vous ne faites que casser du sucre sur le dos de la police, nous on protège le pays de vous ».

Femmes, enfants, personnes âgées, leaders politiques, journalistes, manifestants et simples passants, personne n’a été épargné par la répression, mais l’Etat marocain continue à soutenir officiellement qu’il s’agissait d’une manifestation non autorisée des islamistes d’Al Adl Wal Ihssane, ce qui d’ailleurs n’est pas moins contradictoire avec le discours royal qui a promis liberté et démocratie au peuple marocain. Très critiquée, l’allocution royale suscite déjà une large opposition en raison de la délimitation du champ des réformes et de l’exclusion du peuple et de ses représentants de l’officine constitutionnelle nommée par le monarque.

En attendant le mois de juin, date à laquelle la constitution « relookée » lui sera soumise, le roi s’est montré incapable d’endiguer la vague de contestation qui gronde dans le royaume. La mobilisation pour la grande manifestation nationale du 20 mars promet d’être forte, mettant le régime dans une impasse politique : laisser faire, c’est admettre le désaveu populaire du discours royal, réprimer, c’est ouvrir une spirale de violence qui pourrait bien avoir raison du trône alaouite.
 

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